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 Duel au petit matin [RP ouvert]

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Marie Canteloup

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MessageSujet: Duel au petit matin [RP ouvert]   Mar 27 Oct - 16:23

[HJ: RP suivant celui-ci ]

La saltimbanque est donc venue, décidément matinale, étui à violon en main et châle sur les épaules.
Portant la même robe que la veille, certes, mais subtilement arrangée de façon à ce qu'on la croit être une simple variante de la précédente, à moins d'une observation attentive.
Toujours vêtue de noir et de rouge, la tenue est de circonstance en plus de lui aller fort bien, sa lourde crinière quand à elle s'étalant détachée sur ses frêles épaules, accentuant son coté voluptueux et sauvage.
L'humeur qui marque ses traits agréables semble également correspondre parfaitement avec le contexte: calme, légèrement contrariée, subtilement attristée -mais point trop n'en faut, après tout, elle ne le connaissait qu'à peine, ce pauvre bougre- et parfaitement préparée à un combat sans surprise.

Arrivée sur place en avance, la demoiselle en profite pour visiter un peu les jardins et profiter de la quiétude brumeuse hantant les arbres sous leur chape de silence. C'est l'heure ou l'activité nocturne a cessé et où la diurne n'a point encore débutée. Les oiseaux se taisent, laissant le bruit des bottines foulant l'herbe chargée de rosée ou les blancs gravillons d'un sentier résonner, seuls, de leur tempo inconstant.
Les yeux de cette femme esseulée et inconsciente de tout danger pouvant la guetter se posent sur le décors, des formes majestueuses d'une battisse, de la masse de plus en plus indistincte des toits en contrebas, des éclats de couleur floraux étendus en parterres bien ordonnés ou agencés sur un grillage de bois repeint afin de se fondre avec ce qu'il soutient... aux motifs mouvants que les nuages projettent sur le gazon gras des touts premiers rayons encore bien pâles d'un soleil paresseux.

Il fait fort froid pour qui ne marche pas assez vite, mais la belle enfant n'en a cure. Elle qui est habituée à survivre n'a au moins pas à se soucier de la faim, pour l'instant, quand aux frimas elle a connu pire, ma foi, ne serais ce que dans ses landes d'origine.
Inspirée, elle choisit un petit recoin un peu à l'écart, abrité du souffle cruel d'un air mordant par d'épais et hauts buissons, comportant un banc tout juste assez large pour que deux personnes y prennent place.
La surface de pierre humide et glacée ne l'attirant pas plus que ça, elle décide d'y sauter à pieds joints, s'asseyant sur ses talons au lieu du grain dur qui souillerait de toute façon sa mise à un endroit fort mal choisit
.
Dans la position du guetteur apprise quelques années auparavant, peu ou prou assez confortable pour la circonstance, propice à la conservation de la chaleur sans pour autant être ridicule, elle sort son instrument.
Bénissant les gants qui lui évitent d'avoir les doigts gourds, elle passe tendrement une main sur le bois, sur l'archer, sur chaque corde. Vérifiant tour à tour le bon étant de chacun avec un soin expert, le violon est mit en place sur son épaule, coincé par son menton dépourvut de défauts.
Levant haut sa main libre, comme une menace faite au monde, elle abat soudain l'artéfact et entame un morceau brutal, emporté. Vif et agressif.

Quelque chose contrastant si crument et soudainement avec tout ce qui l'entoure qu'il en devient incongru voir choquant.
On vient d'introduire la guerre dans le jardin d'Eden. Et la peur, et la mort. Le fracas des armes et les corps qui tombent. Chute de vies, chutes de pétales. Arbres brisés sous la foudre des cieux en colère, les cœurs qui battent à tout rompre. La folie et l'exaltation. Des bourrasques emportant tout via les nuées des charognards.
La musique est aussi belle que ce qu'elle décrit est laid, aussi passionnante que les images qu'elle transporte sont définitives, aussi grandiose que l'instant unique où toutes ces existances s'éteignent.
Cette fois, l'artiste ne joue que pour elle même, improvisant sur des souvenirs qui ne sont pourtant pas les siens.
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Gaultier de Mélanthios

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Ven 30 Oct - 4:35

Du moins, c’est ce qu’elle pouvait encore croire, jusqu’à ce que quelques applaudissements viennent répondre à son air, après une seconde offerte au silence, en guise de point d’orgue à son œuvre. Gaultier de Mélanthios se tient là, à peut être quatre ou cinq mètres, sur le côté, partiellement couvert d’une épaisse cape noire. La moitié droite du vêtement, rejetée derrière son épaule, laisse voir l’épée à son côté, ainsi que la cuirasse étincelante qui dispute à son sourire en éveil le plus beau reflet des lueurs de l’aurore. Ses mains cessent de s’entrechoquer pour venir retrouver un appui à sa taille, dans une attitude évoquant un mélange de surprise et de plaisir.

« Je savais bien que j’avais déjà entendu cet archet quelque part… mademoiselle Marie Canteloup, en personne et en talent ! Et dire que je pensais venir pour assister à un duel… »

Il relève la tête au chant d’un corbeau, détournant les yeux comme pour trouver l’oiseau. L’angle agréable de son nez se découpe sur le gris rosé du ciel, le temps d’une inspiration profonde, puis son regard revient vers elle.

« Tu me pardonneras de m’être approché à pas de loup, je ne voulais pas t’interrompre. Le monde est-il juste trop petit, ou y’a-t-il quelque bon vent qui t’emmène en ma douce cité de Logre ? »

Le chevalier s’approche, accompagné de murmures d’articulations d’acier, presque rendus musicaux par la régularité de sa démarche, s’apprêtant à prendre la main de la damoiselle.
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Ven 30 Oct - 14:26

Sur quelques ultimes notes à l'agonie l'instrument se tait, et la joueuse immobile laisse s'étaler un silence de circonstance l'entourant tel un manteau, une fois sa prestation terminée.
Cependant, à peine eut elle le temps de reprendre son souffle qu'elle sursaute, se tournant vers l'importun imprévu qui s'est infiltré si près d'elle sans qu'elle le remarque.
Décidément, elle ne pouvait plus s'adonner à un impromptu récital matinal sans que quelque noble ne vienne et n'y aille de son petit commentaire. Au moins, celui-ci est d'abord agréable et fort courtois, en plus d'être un visage connu autant qu'apprécié, à n'en point douter.
Il ne faudrait tout de même pas que le fait devienne une habitude...

Prenant délicatement la main tendue par l'homme d'armes, sans une once d'hésitation, la demoiselle saute à pieds joints de son perchoir improvisé, tenant de l'autre coté violon et archet qu'elle range bien vite dans leur étuis une fois au sol. Quelques gouttelettes de rosée viennent bien échouer sur les chaussures de son visiteur, mais rien de bien terrible en soi.
Souriant largement, ce n'est qu'après avoir lissé sa robe avec des airs de grande dame qu'elle répond à son interlocuteur, d'un air faussement outré totalement gâché par l'expression ravie qui danse au fond de ses iris dépareillés:

"Monsieur, vous êtes impardonnable. Sachez que jamais je ne m'en remettrais, à moins d'un copieux petit déjeuner.
Peut être... et je dis bien peut être, pourrais je revenir sur ma position une fois le ventre plein.
"


S'en suit un gloussement éloquent juste avant que la facétieuse damoiselle, haussée sur la pointe de ses bottines, ne vienne parer la joue de son auditeur d'un baiser retentissant dans l'air encore humide.
Demeurant à ses cotés, les grands yeux de la saltimbanque le détaillent et le redécouvrent avec un plaisir évident, tentant de déceler ce qui -depuis tout ce temps- a bien pu changer, tout en profitant de l'occasion pour reluquer outrageusement ses traits agréables... ce qui, à bien le connaitre, ne saurait le déranger.

"Je suis venue à Logre pour m'y mettre à l'abri de la main blanche. Également parce que je suis lasse de cheminer par tous les impraticables et boueux sentiers qu'ont pu créer les hommes et les dieux, et que je désire m'établir officiellement au nom de mon art.
J'aimerais, bien que je sache la tache ambitieuse et mal aisée, faire partit de la Camerata.
... Mais toi, alors, que vaut ton retour? J'espère que ce sont d'heureux hospices qui nous font nous retrouver, malgré le fait que moi aussi je soit venue assister à un duel peu équilibré dont il est fort possible que je soit la cause, il me faut bien l'avouer.
"
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Gaultier de Mélanthios

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 1 Nov - 4:33


« La cause ? Justesangs, serais-tu donc allée te mettre dans quelque galant embarras, entre mari et amant ? Je n’ose croire qu’il ne s’agisse que de prétendants, il serait par trop oiseux de miser sur ces pratiques démodées pour conquérir mademoiselle Canteloup. Enfin… Si c’est toujours ton nom d’usage… j’ai manifestement manqué quelques chapitres de cette saga. »

Le chevalier s’incline, effleurant le dos de la main de la violoniste de son souffle chaud, laissant à la fleur de sa peau la marque évanescente de son sourire. L’air qu’il déplace en se relevant embaume l’ambre gris et le labdanum, marque qu’il est toujours aussi soigné, et peut-être également une légère note musquée, qui doit être celle, naturelle, de sa peau. Il relâche doucement les doigts de son interlocutrice en cherchant son regard du sien, avec le naturel audacieux mais désintéressé qu’elle lui connaît, sans s’offusquer qu’elle ne le lui accorde de suite, la laissant volontiers observer tout ce à quoi elle s’intéresse.

Il n’a guère changé, au fond, en tout cas pas pour vieillir, tout au plus mûrir. Se tenant toujours bien droit, il s’affirme aussi athlétique et vaillant qu’autrefois, voire davantage, à moins que cette dernière impression ne vienne de sa nouvelle armure étincelante. Sa chevelure, plus longue, lui rend davantage les honneurs d’une allure de seigneur qu’à l’époque durant laquelle il accomplissait des œuvres de simple guerrier. En ces temps où il gardait ses cheveux aux épaules, il semblait peut-être aussi un rien plus négligé qu’en cette matinée, rasé de frais et soigneusement peigné. Mais peut-être plus que toute autre chose, ce qui fait dire qu’il est le même reste sans doute le sourire.

« Je suis ton obligé et tu m’honorerais en acceptant mon invitation… Je te propose les Trois Coupes, non loin du grand marché, ils y servent la meilleure salade de fruits que je connaisse. Dans la mesure où ça ne dérange pas tes projets du jour… Notamment avec ces duellistes... Ou au moins l’un d’eux, qui nourrit peut-être des intentions à ton endroit… Je ne sais. »

Il hausse légèrement un sourcil en guise de ponctuation, soulignant la disproportion entre l’envie d’un petit déjeuner et le trépas à venir qu’elle disait avoir provoqué. S’il ne fallait certes pas en perdre l’appétit, il tire manifestement quelqu’amusement de la légèreté de la damoiselle, dont il retrouve l’inconstance plus qu’il ne la découvre.

« Quant à moi je suis rentré pour que Logre reste ce bastion sûr où les artistes peuvent s’exprimer, et pour aider à gérer le flot des réfugiés. Pour moi, c’est fini pour de bon, la route. Je compte me consacrer aux miens, désormais. Et ma foi, la tâche ne me paraît que plus importante si tu nous fais le plaisir de vivre dans nos murs, au moins quelques temps. »
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 1 Nov - 12:51

"Oh, non. De fait, c'est une suite d'évènements saugrenus ayant tous trouvé place dans la journée d'hier:
Une peu avant l'aube, je suis allée jouer du violon devant le bâtiment de la Camerata. Mon seul auditeur perceptible fut un triste sire revenant de ses nocturnes agapes, qui au lieu d'applaudir fit une acerbe remarque... avant de m'inviter à petit déjeuner.
Prétextant mes hardes de saltimbanque inappropriées à tout lieu raffiné, je me fit offrir la présente toilette.
Seulement le coquin comptait se restaurer aux étuves avec pour projet que je lui lave le dos, en me présentant comme sa maitresse. Fort heureusement, il n'a eut aucun geste déplacé mais ma fois, il ne s'est pas pausé beaucoup de question non plus.

En contrepartie -car il y en eut au moins une-, il me fit inviter avec lui à une réception comportant une représentation de la Dame Caliente, où après avoir fait sensation avec moi à son bras, ce qui est visiblement fort inhabituel chez lui, il m'abandonna dans la salle de bal pour aller conter fleurette à quelque riche dinde de bonne famille. Sans doute estimait il en avoir assez fait pour moi ou étais ce en punition pour ma facétie naturelle que j'ai largement exercé à ses dépends... toujours est il qu'en représailles et pour m'intégrer à la fête, j'ai décidé de me présenter en tant que sa cousine.
Seulement voilà, ce fâcheux et distrayant chevalier, me voyant danser avec un autre que lui, provoqua le malheureux en duel sitôt la valse finie.
Et me voilà
."


Conclut abruptement la drôlesse après le récit rocambolesque de ses aventures de la veille. Étonnant? Point pour qui la connait assez, habitué à son caractère insaisissable et taquin ainsi qu'à sa débrouillardise outrancière.
Acceptant le baise main avec la mine aimable d'une jeune première, la demoiselle redevenue une charmante compagne malgré sa façon indécente de fixer sur son cavalier ses prunelles, semble pleinement satisfaite de son observation et décide de lui accorder ce contact oculaire qu'il cherche avec grand soin, fixant vers les yeux masculins cette dérangeante asymétrie chromatique, de la douceur d'un vert pur à l'inquiétant grenat se situant de l'autre coté de son joli nez.

"Je me présente donc auprès des nobles comme Marie de Gambardin, pour l'instant. Auprès des saltimbanques comme Marie Canteloup. Mais toi, vil flatteur, je t'accordes le droit de m'appeler Mariana, lorsque nous ne sommes pas en trop encombrante compagnie.
Les trois coupes me vont bien que je ne connaisse pas encore l'endroit, je te fais confiance toutefois pour me mener à bon port après ce duel. Attention toutefois à ne pas te faire défier à ton tour: Si le gaillard m'amuse tant c'est qu'il est imprévisible et de fort vilain caractère, mais je ne gouterais pas le moins du monde de revenir demain même heure vous voir croiser le fer.
Car enfin, nous retrouver dans la même ville après tout ce temps passé à cheminer là où le vent nous porte, ce serait un crime que de ne pas en profiter
."


Elle non plus n'a pas changée en effet, quoi qu'elle s'en tire peut être mieux qu'à l'époque -ou pire, mais elle le cache avec plus de crédibilité-. Ses traits quoi qu'un peu gâchés par les privations ont également muris, devenant ceux d'une femme et non plus d'une jeune fille, l'embellissant subtilement et lui accordant une prestance dont elle était à l'époque dépourvue.
A la voir dans cette robe, on la croit volontiers noble dame un peu excentrique aux iris exotiques, sans penser un instant qu'elle ait pu se masser avec des centaines d'autres aux bas des remparts, les pieds nus et crottés.
Comme quoi parfois, une belle vêture peut tout changer, sur quelqu'un qui sache la bien porter.

"Le duel ne devrait pas tarder. Peut être devrions nous y aller, si nous ne voulons pas le manquer... et à ce propos, penses tu qu'il serait de bon ton que je joue un petit morceau en l'honneur du futur défunt?
Comme tu le sais, le sens des convenances ne fait pas partit de mes qualités
..."
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Gaultier de Mélanthios

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Mer 4 Nov - 9:09


Main sur le cœur, lèvres entrouvertes, sourcils légèrement relevés, visage de profil légèrement incliné, yeux de côté mais pas en coin, toute l’expressivité du chevalier de Mélanthios réagit à l’accusation de flatterie. Non vraiment, c’est bien là l’idée la plus incroyable du siècle qu’il puisse être un flatteur, et son attitude le prouve, sans appel. L’acteur le plus crédible n’est pas celui qui vous trompe, mais bien celui qui, par son talent, vous donne envie d’entrer dans son jeu. Et si sur ce terrain, Gaultier est dans les meilleurs, c’est parce qu’il n’a pas même besoin de mots pour vous rendre complice. La main tenue, un jeu de regard, ou pire, un sourire, et c’est ainsi qu’il répond à son interlocutrice avec brio, en attendant de reprendre la parole, lorsqu’elle termine.

« J’étais loin d’avoir oublié le privilège de ton nom – je ne compte point encore assez d’années pour oublier comment appeler les jolies femmes, crois-moi. Je ne jugeais simplement pas opportun de m’en servir en ces lieux couverts de fourrés, desquels n’importe qui peut jaillir à n’importe quel instant. N’oublions pas qu’à Logre, les murs ont des oreilles, et les nobles beaucoup de murs. Quant à ta question… »

Il laisse sa vision dériver doucement dans le vague. Ses doigts se portent machinalement à son menton, gratouillant par habitude la barbe naissante qu’il ne porte pas en cette matinée.

« J’essaie de récapituler… »

Son sourire s’agrandit, à mesure que l’amoncèlement d’informations qu’il assemble devient insurmontable.

« De façon générale, si tu comptes vraiment te faire passer pour une Gambardin, je te déconseillerais de te livrer à une représentation musicale. Peu importe le niveau de son art, une fille de bonne famille – logrienne – ne se livrerait pas à une telle exhibition, tant parce qu’elle viendrait hors du contexte où il est décent d’entendre et d’honorer la bonne musique, que parce qu’il est toujours incorrect de laisser transparaître ses émotions en public. Dans la théorie, du moins.

Cependant, tu me dis que ton sieur de Gambardin t’a rencontrée alors que tu jouais dans la rue ; puis-je en outre supposer que tu n’usurpes pas son nom devant lui ? Peut être devrais-tu en ce cas être dans ton rôle de saltimbanque, là où tu es attendue, pour mieux surprendre plus tard. De toute façon, n’importe qui mérite un hommage pour sa mort, et la musique en est un bel. Si j’en crois ton récit, tu n’es pas coupable du sort qui attend la victime à venir, mais tu en es au moins le prétexte. Dès lors, il pourrait être décent que tu lui rendes cet honneur, de cette façon, puisque je crois que c’est la meilleure dont tu disposes.
»

Le chevalier lève un index vers le ciel, agrémentant sa petite leçon sur la noblesse de ce geste un peu théâtral, soulignant, tant avec délectation qu’une décente réserve, la complexité de son sujet.

« Attention toutefois aux circonstances. Ah, dialectique, quand tu nous tiens ! Car, vois-tu, si le duel se fait en présence de la proche famille de celui qui n’a, selon toi, aucune chance, ton geste peut être interprété. Le deuil fait voir le mal partout où il n’est pas, et en n’adoptant pas un profil bas alors que tu peux déjà être mise en posture de bouc émissaire, tu peux te faire des ennemis. Je crois qu’ils supporteraient déjà mal ta présence, imagine alors ce qu’il en serait de ta musique. Sans oublier, enfin, que je ne connais que peu de nobles qui viennent noblement mourir en duel.

Nous rentrons là dans les choses qui ne se disent pas, et par conséquent, il est évident que je n’ai pas dit tout ce qui va suivre. Si je l’avais dit, j’aurais émis l’idée que lorsqu’un individu est à ce point loin du niveau de son offenseur – ce qui n’arrive jamais à la bonne noblesse Logrienne, bien entendu – il arrive que cet individu ne vienne pas uniquement armé de son honneur. Vois-tu ce que je veux dire ? Il y a des subtilités dans les duels inégaux que les gens vulgaires dénomment… de la triche ? Du poison, des gros bras, des armes cachées, des pièges, j’en passe… Nous sommes d’accord, je n’ai rien dit de tout cela. Mais si, par le plus grand des hasards, un tel imprévu devait survenir à ma plus grande surprise, toi et ton hommage, vous en sortiriez ridiculisés. Et c’est là une grande leçon d’éthique noble : avant de prendre un parti, assure-toi bien que ce sera celui qui te fera relever la tête. Il y aurait beaucoup d’autres détails à mentionner, je crois, mais voilà un propos qui fut déjà bien assez long, tu devrais pouvoir être mieux en mesure de choisir.
»

Il regarde aux alentours, guettant l’arrivée d’autres spectateurs, sinon celle des duellistes eux-mêmes, avant de se retourner vers elle de nouveau.

« La prochaine leçon, lorsque tu seras restaurée, sera "qu’est-ce qu’un flatteur". Selon toute évidence, pour me tenir pareil langage, tu n’en as jamais rencontré. Je te l’enseignerai par l’exemple », conclut-il, avec un nouveau sourire.
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Ven 6 Nov - 16:17

Cette si parfaite imitation d'une innocence surjouée fait glousser la fine observatrice, charmante autant qu'amusée et ravie définitivement de ces retrouvailles inattendue.
L'acteur se voit même gratifié d'un autre baiser en guise de payement et pour tout commentaire, sur la joue qui n'en avait point encore bénéficié, éphémère contact des pétales soyeux et chauds dépourvus de fard de la demoiselle, pour l'heure d'un rose aussi vif que les fleurs qui l'entourent.
Pas de jalousie, ainsi, et certainement rien qui puisse le lasser, à défaut de jeter éventuellement quelque trouble causé par ces gratifications répétées.

"Oh que si, je le fais sous son nez. Ce ne serais point tant amusant autrement. Et je pensais après, en guise d'hommage, non avant bien entendu."

Répond la jeune effrontée inconsciente sans l'ombre d'une crainte sur ses traits délicats.
Étant donné leur proximité de plus en plus avancée avec le lieu du futur trépas, elle n'en dira pas plus ou pas de façon plus claire, se sachant de toute façon comprise. Après tout, elle est peut être peu au fait de l'étiquette, ça ne l'empêche pas de se servir un minimum de sa tête.
Enfin, tant qu'ils sont encore seuls, elle lui dédie un sourire rayonnant d'innocente diablesse à en faire chavirer les cœurs. Sinon d'envie ou d'amusement au moins d'indignation, la drôlesse étant depuis longtemps passée maitre dans l'art de jouer... avec les nerfs d'autrui.

"Tu me feras signe, si le moment s'y prête..."


Sitôt qu'ils sont assez proches du lieu prévu pour le duel et qu'ils risquent véritablement d'être vus ou entendus par quelque curieux venu assister à la démonstration des sinistres compétences du sieur chevalier Laurence, la jeune compagne du parangon semble changer du tout au tout:
Son maintient droit, son allure altière, sa démarche gracieuse et glissante, l'air sérieux affiché sur son visage délicat... rien à voir avec la fol enfant qui usait de son instrument accroupie sur un banc.
Quand bien même sa coiffure serait défaite que la noblesse à présent inhérente à sa personne jusque dans le plis reposé et un rien hautain de ses lèvres pleines, qu'on le croirait fait exprès, tout en s'interrogeant discrètement afin de savoir si tel est la nouvelle mode ou si ce n'est qu'une petite excentricité de l'exotique demoiselle de Gambardin.

Aussi vrai qu'ils parviennent sur les lieux en donnant l'air de s'être rencontrés de façon parfaitement fortuite chemin faisant, les deux personnages convenablement éloignés l'un de l'autre sont à présent en mesure de voir si d'autres qu'eux sont dores et déjà présents.
Posant son regard sur le décors choisit, détaillant sans trop s'attarder chaque visage, ce sont les duellistes qui le plus provoquent cette simple curiosité matinale chez la jeune femme.
Son cousin est il déjà présent? Le malheureux danseur est il venu? Qui de la veille s'est donné la peine de se tenir séant malgré l'heure indécente? (qui a ramené à manger?)
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Laurence de Gambardin

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 8 Nov - 3:37

Il y a tout. Les buffets, car un seul ne conviendrait pas aux multiples appétits matinaux de la bonne société des Loges. Un valseur palot dont la mise digne n’arrive pas à faire oublier de jolies cernes qui trahissent la petite et courte nuit qui fut sienne. Une petite foule à la proportion raisonnable. Tout au plus peut-on compter une vingtaine de courageux, amateurs raffinés et adeptes des heures fraîches.

Deux absences notables se révèlent et font déjà jaser. La première est celle du témoin, l’ineffable Jarmin, infidèle bras droit de Laurence. On ne s’en étonne qu’avec modération surtout quand monsieur Hervais affirme avoir entendu par la bouche de son garçon d’écurie que le coquin a été aperçu à la Maison Louvre, établissement qui parmi tous les délices offerts propose aux fumeurs avertis de l’herbe d’ascarothe. Mais ce soucis là n’est qu’un détail, le chevalier de Gambardin, et c’est un fait bien connu, n’a jamais de scrupules à prendre un témoin au débotté.

L’inédit, la source du frisson d’excitation qui saisit l’échine de la morbide assemblée, est bel et bien l’absence du héros de la fête. Gambardin n’est point. L’a-t-on jamais connu en retard ? Il pourfendrait le temps lui-même afin d’arrêter la course de ses immenses rouages si cela s’avérait nécessaire. L’homme est connu pour sa précision en tout domaine. L’imaginer contraint par quelques atermoiements l’éloignant d’un duel tient de l’absurde, du loufoque. On assiste là à une pièce de théâtre impossible et déjà on sort les montres à gousset.

On mesure, on évalue… On pari et on mise sur la vie, la mort du minutieux et précis Laurence de Gambardin.
Certains spéculent, le jeune danseur lui ose à peine reprendre des couleurs alors que le soleil semble prêt à se lever pour de bon sur sa jeune vie. Pourtant tous les espoirs sont à présent permis. Il aperçoit au loin la belle mademoiselle de Gambardin venue l’encourager.

Le cœur n’a pas le loisir d’être réchauffé que le ciel se couvre de nuages chargés d’orage, et si ce n’est une réalité atmosphérique, c’est bel et bien l’impression d’un bon nombre d’aristocrates. Le loup vient d’arriver et de sa gueule coule encore du sang. Il y a une fureur qu’on ne nomme pas qui danse dans ces yeux là et ce n’est plus une main mais de la rage qui fait poigne sur la garde de la rapière tirée. L’animal a été blessé et gravement avec cela. Laurence se tient le flan dont goutte une marée poisseuse qui le rabaisse à l’égal du plus pouilleux des manants. Son bel habit déchiré laisse par trois endroits deviner une chair blanche mangée de traits rouges. Deux ne sont que des éraflures, mais la troisième est profonde sans pourtant arriver en concurrence de celle qu’il doit tenir d’une main dont le gant clair a pris la teinte de la mort.

Pas après pas, il avance mué par une détermination qui ne trouvera son repos que dans l’expiation du responsable présumé et désigné de ses maux. L’infâme voleur de cousine.

« Vous… maudit Chacal puant. Je vous aurais épargné, mais votre ignominieuse lâcheté va précipiter votre chute vers des gouffres dont on ne revient pas. Si je dois en crever, vous me servirez d’exutoire dans l’abime et vous aurez l’éternité pour maudire vos amis d’avoir si mal accomplie leur besogne ! »
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 8 Nov - 16:31

La belle enfant, fort peu patiente au demeurant, regarde le décors en attendant, un air distrait vaguement ennuyé sur son visage charmant. Oh, bien sur, elle adresse quelques adorables sourires d'encouragement au futur décédé qui la contemple avec un tel espoir qu'elle ne saurait lui refuser ce maigre réconfort sans un petit pincement de culpabilité.
Après tout, ce n'est pas un cœur de pierre qui bat sous les riches étoffes de velours et de soie qui ne le cachent que partiellement aux regards.
Enfin... pas tout à fait. Non. Juste les jours impairs.

Lorsque finalement parvient sur les lieux le si attendu participant, on n'en puis tout d'abord qu'appercevoir la forme incertaine en cette matinée.
L'œil avertit le verra péniblement cheminer dans les allées, d'une démarche altérée et -plus il approche plus il est possible de s'en rendre compte- s'accompagnant d'une sanglante trainée.
Sourcils froncés, la fameuse cousine sujet du litige n'attend pas qu'il ait terminé sa véhémente et courte diatribe pour se saisir de ses jupons à pleine main, se hâtant sans plus tarder aux cotés du sieur de Gambardin.
Un autre mâle de l'assistance en sera certainement doublement et fort grandement déçu, d'une de voir le fâcheux toujours sur pieds et de deux... de perdre ainsi les potentielles faveurs de la dame, qui n'a d'attention présentement que pour son caractériel parent.

"Par tous les dieux monsieur mon cousin! Qui a osé attenter ainsi à votre intégrité?"

Sous ses faux airs affolés autant que scandalisés, la rusée violoniste garde un calme à toute épreuve, montrant à tous un membre de sa maisonnée fort inquiète comme il se doit d'une jeune de la noblesse, tout aussi émotive qu'on aurait pu s'y attendre. Au moins ne s'est elle pas encore pâmée, faisant malgré tout preuve d'une force de caractère qui, elle aussi, doit être héréditaire.
Elle en profite en réalité pour le soutenir sans en avoir l'air, le soulageant d'une partie de son propre poids avec une discrétion telle qu'elle n'a pu être apprise que dans des circonstances indignes. Ménageant ainsi son corps autant que sa fierté sans lui laisser l'occasion de demander -il préfèrerait sans nul doute périr que de quérir assistance auprès de cette jeune écervelée, de toute façon- ni de protester, Marie ne pousse pas pour autant le vice jusqu'à lui faire demander une chaise.

Ce serait aller trop loin...
Elle bénit la teinte noire de ses gants à présent irrémédiablement souillés, portant une attention remarquable de sens pratique à ne point toucher le blessé du reste de sa toilette.
Ah, un tel service ne vaut pas une robe gâchée, que diable, au prix où c'est!
Ceci ne l'empêche pas, toute irrécupérable qu'elle soit, de dédier au sieur de Gambardin un large sourire à la dérobée, à défaut de profiter de son état pour lui voler un nouveau baiser déplacé.
Le faire pester, en toutes circonstances, semble bel et bien être son sport préféré... mais quoi, eh bien, l'on pourrait encore se méprendre sur ce bref éclat de dents perlées serties derrière les lèvres pleines. L'on pourrait la croire attentionnée et bienveillante, avec un petit effort d'imagination et une fierté disproportionnée...
Après tout, n'est elle pas le seul et unique allier qu'il ait en ce funeste lieu?

"Que quelqu'un aille chercher un médecin ou au moins un alchimiste! Par mon sang, peu importe son nom tant qu'il est là rapidement et qu'il connait le sien métier."

Pour peu que la rage ne l'ait pas déjà étouffé, que la douleur n'ait pas irrémédiablement troublé son esprit ou que l'odeur du sang n'ait point encore envahit ses narines frémissantes, le chevalier sera en mesure de constater plusieurs changements s'étant opérés depuis la veille, à présent au plus près de sa compagne qu'il ne l'a jamais été.
La peau d'un pastel appétissant tendue sur les chairs tendres d'une épaule dénudée par un châle facétieux, le satiné d'une gorge dégagée sur laquelle paressent agréablement les premières lueurs véritables de l'aube naissante, l'arrondit parfait aux faibles mouvements hypnotiques d'un décolleté souligné par la coupe d'une robe fort justement choisie, les fragrances subtiles et douces d'une femme propre non outrageusement environnée d'un nuage de parfum ou d'une couche sérieuse de savon.

Son visage à l'ovale délicat tourné vers les autres présents offre un profil éclairé à son protégé, jusqu'à l'iris de jade assombrit par ses longs cils qui ne le regarde plus. Ainsi, et d'une si grande proximité, elle n'est plus ni noble ni roturière, ni fille espiègle ni dame cultivée. C'est une femme dotée d'une certaine beauté une fois débarrassée de sa dérangeante dualité, à l'expression poignante de réalisme.
Jusqu'au détail de cette infime cicatrice à l'arrière de sa mâchoire qui sans la déparer spécialement atteste mieux que toute autre chose de son humanité et de l'existence bien concrète des mains habiles qui le supportent.
Qu'il est étonnant pourtant qu'une telle créature se tienne avec lui face au monde malgré son caractère détestable, sans pour autant qu'il soit parvenu à l'impressionner le moins du monde de ses titres, de sa fortune ou de sa tumultueuse réputation.
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La Ronce de Logre

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Lun 9 Nov - 23:56

« Mademoiselle ! » tança anonymement un homme dans l'assemblée. « Écartez vous que l'on puisse procéder au dénouement de la présente affaire ! »

« Et enfin satisfaits, rentrer nous coucher ! » répercuta un autre aboyeur de l'autre côté de la terrasse. En écho, l'orage lointain éternua d'un puissant contrecoup sonore, donnant à l'argument un poids dramatique que la voix braillarde n'aurait jamais pu imposer.

Au moment où la Cousine détournait la tête pour localiser l'origine des contestataires, quelqu'un croqua à pleines dents dans une pomme au vert tendre, dispersant d'un même mouvement chairs et pépins, tel l'écureuil la pomme de pin. Le faux fruit, concassé entre deux rangées de molaires féroces, affichaient la couleur caractéristique de la variété connue sous le nom de Petit Grain du Forgeron.

Laurence de Gambardin, fidèle à lui-même, ne sourcilla point. A sa décharge, maintenir un maximum de son sang à l'intérieur de son corps était devenu chez lui un travail l'occupant presque à temps complet. Et puis, il en avait vu d'autres, d'égales extravagances. Et quelque part, il aurait bien repris des olives vertes.

Marie Canteloup, puisque tel était réellement son nom, haussa les sourcils en observant un deuxième homme se tenir si proche de Laurence que seules deux images s'imposèrent à son esprit calculateur : la première, un duo de concertistes jouant de la flute et l'autre, un riche tailleur s'occupant d'un client un peu abrupt.

L'intrus, Monsieur de Vorkosigan, se contentait de faire rouler une tige de pomme entre ses lèvres. Souriant, il affichait un air alerte qui tranchait désagréablement avec une lèvre fendue, un menton un brin écorné et un col de chemise négligemment ensanglanté.

« Mademoiselle de Gambardin, si vous me permettez. » entama-t-il en s'inclinant pour la flatter d'un baise-main exécuté en souplesse. Déposant le baiser sur le dos de la main, il évita tout contact de ses lèvres sur la doucereuse peau de la jeune femme, pour au moins deux raisons. La première se voulait l'expression de la politesse la plus élémentaire. Là où le vulgaire déposait sa bave, l'homme courtois se devait de concilier apparences et convenances. La seconde, purement pratique, résidait dans sa lèvre fendue tantôt, qui lui faisait encore un mal de chien. Paraître un brin trop précieux et l'ombrageux Gambardin ne manquerait pas d'y voir une tentative de détourner l'attention d'un public déjà rendu difficile par l'approche de l'orage. Et en dehors d'un saule pleureur, d'une fenêtre à claustra ou d'une devanture de taverne, rien en ce monde ne prenait le risque de faire de l'ombre au plus fauché des duellistes de Logre.

Tout en se redressant, Miles de Vorkosigan tira Marie Canteloup vers lui, levant son bras pour la conduire à sa suite. De quelques pas il se trouva dos à dos avec Laurence et, dans la continuité d'un mouvement circulaire, dirigea la Cousine vers l'extérieur du cercle du duel. Il lui adressa un sourire charmant, à défaut d'être enjôleur, et acheva sa rotation en se campant fermement aux côtés de Laurence.

« Vorkosigan, tout en vous m'exècre. Fallait-il réellement que de tous les possibles, ce soit vous qui... » grinça Laurence en se tenant l'estomac, soudainement saisi d'aigreurs acides.

« Et bien... » entama-t-il en se massant la mâchoire.

« Par pitié, non, je n'en veux rien savoir. Je crois bien que je ne le supporterai pas et pour éviter l'échafaud, il convient d'être accompagné d'un témoin, si possible assermenté. » le coupa-t-il, exprimant un mouvement d'humeur, reconnaissons-le, tout à fait légitime.

« Précisément, c'est là que... » poursuivit Monsieur de Vorkosigan.

« ... Vous jouez votre rôle de témoin. Contentez-vous du strict nécessaire et surtout, n'improvisez pas. Le texte officiel me convient et sa sobriété me satisfait tout à fait. » dicta-t-il d'un ton mécanique.

« Bien ! » eût le temps de placer Vorkosigan.

« L'adversaire est tordu. Préparez vous à l'entourloupe. Mon avis est que vous devriez récupérer votre sabre et garder une main dessus. D'ailleurs, où est-il ?»

« C'est un peu la question que tout le monde se pose à dire vrai... » laissa la Ronce en suspens.

« Ne me dites pas que... » lâcha Laurence d'une voix trainante et incrédule.

« Volé... Chapardé... Chipé... Soutiré... Dérobé... escam... » débita Vorkosigan, soudainement agacé.

« Assez de rimes pauvres, Vorkosigan. Vous êtes un minable et je suis surpris que vous portiez encore une paire de bottes. » le coupa-t-il en lui tendant fourreau et ceinture liée. « Votre conversation m'ennuie et j'ai à faire. Allez-y. Procédez. »

Miles de Vorkosigan s'avança vers le témoin de l'autre partie. Ensemble, épaule contre épaule, ils déclarèrent leur duelliste prêt à se battre, jusqu'à ce qu'une blessure mette l'opposant dans l'incapacité de poursuivre.

« Messieurs, je vous rappelle le règlement du duel en Logre » prononça la Ronce d'une voix sonore en réunissant ses mains dans son dos. Ainsi affublé d'une allure d'instituteur, il reprit d'un débit fluide.

« En préambule je vous rappelle que le présent duel résulte d'un conflit entre deux hommes. Suite à ce duel, et conformément au témoignage de préposés qui attestent du respect du règlement, il ne sera retenu contre le vainqueur aucune vendetta familiale. L'alinéa I nous rappelle que ... »

Laurence se racla la gorge.

« ... le premier qui meurt a perdu. » ferma Monsieur de Vorkosigan en se retirant de plusieurs pas.
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Gaultier de Mélanthios

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Jeu 12 Nov - 11:31



Passionnant.


C’est ce mot qui, avec une ironique froideur, hantait l’esprit du chevalier de Mélanthios face à ces rebondissements, aussi surprenants que le jour après la nuit. Il se garda bien d’intervenir, de faire des remarques, ou de surjouer son ennui comme un courtisan voulant discréditer son hôte. Il savait qu’il n’aurait pas assez d’appui parmi ces gens avides de sang pour s’y aventurer utilement ; cela ne lui vaudrait rien de mieux que de l’hostilité ou des jugements indésirables. Et peut-être même cette insupportable réponse type, proférée pour chasser un importun au prétexte de sa liberté à se trouver ailleurs. Et s’il y avait une chose que Gaultier haïssait, c’était bien l’instrumentalisation de la liberté pour étouffer le débat.

Alors, il se tenait juste là, digne et droit comme les i du mot « militaire », bras croisé. Il observait ce petit spectacle comme s’il en avait ressenti le besoin, comme s’il était une étape obligée de sa redécouverte de Logre. Dix ans. C’était à la fois beaucoup, et pourtant, ce n’était presque rien. Les visages avaient changé, mais leurs expressions étaient les mêmes. Les tenues avaient changé, mais elles étaient portées avec la même fatuité. Le petit milieu du duel, entretenu par une noblesse-spectacle désœuvrée, se portait aussi bien qu’une pièce de théâtre : changez les acteurs, et voilà le titre relancé pour les siècles des siècles, et sous le nom de tradition, encore, voire même celui de culture.

Il avait ressenti le besoin de revoir tout ce pour quoi il était parti. Et apparemment, il allait être aussi déçu qu’il le désirait, comme s’il y avait là matière à valider sa propre voie, qui était ailleurs. Toute la panoplie était là, du manipulateur au bretteur agressif, en passant par le roturier de base et la donzelle éperdue. Tout, l’humour cynique sans spiritualité, les formes sans l’élégance, le geste sans le sens, la trahison, la prétention, la victime, le sang et les effets de manche… Tout.


Il posa son regard sur la Canteloup, éprouvant un peu de compassion à la voir ainsi écartée. Merci d’être venue, prétexte, maintenant laisse-nous jouer, semblait-on lui dire. En toute amabilité, comme de bien entendu. Il songea à la délivrer en l’emmenant pour son petit déjeuner, de façon anticipée, mais choisit finalement de ne pas l’exfiltrer ainsi de ce marivaudage. Le geste aurait été mal interprété, par tout le monde, et peut-être même par elle ; en effet, l’affection qu’elle affectait pour ce Laurence l’affectait peut-être davantage qu’elle voulait bien en affecter l’affect.


Il se demanda pourquoi il l’estimait plus que les autres nobles présents. Après tout, elle n’était qu’une écervelée qui avait passé l’âge de l’être, rejetant la bienséance comme s’il s’était agi d’un fer rouge et brûlant la chandelle par les deux bouts. On pouvait bien la trouver à sa place, en ces lieux de masques et d’apparences, mais sans bien en comprendre la raison, il lui souhait mieux, pour s’épanouir. On pouvait en trouver quelques unes évidentes, et pas fausses. Elle était jolie, d’abord. Et puis, simplement, il ne connaissait plus tous ces autres gens. Elle avait un vrai talent, aussi, bien qu’elle ait choisi une curieuse façon de le faire apprécier. Mais au fond, elle dégageait surtout une grande soif de liberté, à l’instar du chevalier de Mélanthios, et avait pris, comme lui, une certaine distance avec les carcans de son milieu, la maintenant avec force, sans chercher la facilité. Il appréciait ce trait de caractère qui la rapprochait de lui, quand bien même elle l’avait employé de façon très différente pour construire sa vie.

Il s’intéressa ensuite à Gambardin – le vrai – de façon plus appuyée. Gaultier remarqua au premier abord ce charisme insolent qui le rendait visible, qui le distinguait immédiatement comme le protagoniste de l’affaire. Cela allait au-delà d’une simple apparence. Il fallait aussi une vraie force, pour faire encore le bravache avec de pareilles blessures, et une vraie détermination, pour exiger encore toute la pompe de cet affrontement malgré la souffrance. Il connaissait bien ce profil d’homme ; on ne fait pas une école militaire sans rencontrer ces dominateurs, exaltés et aiguisés par le goût ferreux du sang en bouche. Gaultier en faisait lui-même partie.


Il aurait presque eu envie de connaître ce Gambardin, s’il n’était pas trop sûr de connaître sa réponse à deux questions qu’il ne lui poserait pas.

Qu’as-tu fait de ton éducation ? Que fais-tu de ton talent ?

Alors, à défaut, il continua à observer la scène avec attention, espérant peut-être, en secret, que quelque chose parviendrait à le surprendre.
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Laurence de Gambardin

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 15 Nov - 1:27

Le chevalier de Gambardin, aussi vif d’esprit qu’il put être, se trompait sur trois points.

Le premier était sur les sentiments de l’usurpatrice. Lorsque Marie vint à lui l’angoisse déformant ses traits, il n’y vit pas de malice. Et bien qu’il ne pouvait comprendre la motivation de cette soudaine tendresse, il en accepta le réconfort. L’arrivée de Miles ne lui permit pas de glisser à la jeune fille les quelques mots de bravoures et de mensonges pour la rassurer sur son état. Ni d’échanger un regard où elle aurait pu lire sa sincère gratitude.

..Ce qui conduisit naturellement à la deuxième erreur. Au milieu de la tourmente, la gorge sèche, il considéra qu’un peu d’eau croupie valait mieux que pas d’eau du tout. Aussi, celui ayant titre de rival depuis que lui étaient parvenus les premiers échos de la fameuse affaire de la caisse à tiroirs de la compagnie septentrionale des Espérides, devint pour l’occasion une opportunité acceptable.

Puisque l’essentiel était là, il s’estimait parfaitement capable de terminer ce qu’il avait commencé. Or, n’importe qui de l’assistance aurait pu confirmer que c’était là une grossière et splendide erreur. Porté par une force d’orgueil dépassant de loin le seuil raisonnable habituellement constaté chez l’individu moyen, Laurence ne mesurait pas l’étendu de ses blessures. Qu’importe le sang qui vous coule sur les bottes lorsque le besoin impérieux d’exercer sa tyrannie vous propulse !

En sommes qu’avions-nous ? Une inconnue se jouant de sa susceptibilité et dont le regard changeant ne tarderait pas à se détourner. Une source potentiel d’ennuis, un museau fouineur qui n’était certainement pas là par hasard. Une quantité non négligeable du précieux fluide vitale manquant au décompte.

Et malgré ces trois excellentes raisons d’envisager la situation sous un nouvel angle, aucune d’elles n’était le sujet de sa grimace. Une intense contrariété faisait de ce duel une épreuve encore plus pénible que la soudaine presque promiscuité avec la Ronce. Au cours de la nuit passée, tandis que Jarmin en était à rajouter pour la troisième du tabac dans le bol du ghelyan et que lui-même sirotait aux frais de son « ami » une tasse de lehssa, ce mélange de lait, d’alcool de fruit et de miel qui jouissait d’une certaine popularité, eh bien… il en était arrivé à certaines conclusions fâcheuses.

« Si tu veux mon opinion..* puff *..* puff *..
- Je peux m'en passer.
- Ne sois pas si grincheux, gémit Jarmin en s’affalant de moitié sur Laurence tandis que sa tête d’abord appuyée contre l’épaule se laissa choir mollement jusqu’à une cuisse par l’effet de la traction terrestre. Caresse moi les cheveux.
- Une erreur, déclara Laurence d’un ton morne en ignorant la demande. J’ai agi impulsivement. Une telle situation, c’est tellement grotesque.
- Mmm..* puff *
- Je ne méprise rien de plus que les infâmes qui jouent de telles comédies et qui…
- .. te paye pour ça, d’ailleurs le tailleur de la rue Catherine m’a encore parlé de toi, tu.. Aïe… ne te venge pas de ton indigence sur mon oreille !
- Ils me payent oui. Et qu’ais-je à gagner ici ? Ce pourceau infatué ne s’est certainement jamais battu sérieusement de sa vie. Ce sera un meurtre.
- * Puff * … Tu m’ennuies à toujours tout dramatiser. Un meurtre, un assassinat, quelle différence ? * Puff * Détends-toi, tiens… j’ai ce qu’il faut pour toi… »

Laurence écarta d’une mouvement d’humeur la main de Jarmin et se leva brusquement. Il n’avait certainement pas envie de fumer, et encore moins de le rejoindre dans cet état mollasson qu’il exécrait plus que tout.

Au matin, revenu de ses sombres humeurs, il avait pris sa décision. Sans en faire coutume, il ferait acte de clémence. Il ne reviendrait pas sur le duel, mais se contenterait d’une brimade. Peut-être même que la saltimbanque serait séduite par le geste. Non que son opinion importe tant mais il n’avait rien contre le fait d’être apprécié.

Cette bonne résolution auraient pu tenir tout le trajet si de lâches mécréants à la lame grossière ne l’avaient épinglé. Oh, il aurait eu ses chances, mais en ferrailler trois tandis que deux vous foncent dans le dos c’étaient des conditions un peu déloyales. De plus, il n’avait pas digéré si bien que cela son Lehssa.

Le choix lui avait été retiré, et ne se profilait devant lui que la possibilité d’une maigre vengeance. Lorsque le début du duel fut annoncé, il ne se perdit pas en de nouvelles imprécations et poussa un rugissement furieux avant de s’élancer vers le danseur.
Tout se déroula très vite en vérité. Le danseur avait sur Laurence un avantage indéniable, une botte secrète qui laissa toute la noble assemblée interdite. Au contraire du bretteur diminué, le danseur pouvait courir. Sa vélocité lui valu même quelques exclamations. Vacillant mais debout, le chevalier de Gambardin attendit furieux, frustré, le jugement des témoins.

« Hey bien. On dirait que les mouches ont décidé de changer d’âne ! déclara Miles de Vorkosigan.
- Soyez plus explicite, foutrefaquin ! grogna Laurence.
- La victoire par départ précipité est accordée au chevalier de Gambardin ! lâcha le second témoin pressé de retourner à son lit et d’en finir une bonne fois pour toute. »

Dépossédé, la victoire amère, Laurence n’eut pas le temps de s’irriter de tout ce que sa matinée avait d’effroyablement ratée. Le voile noir de l’inconscience s’abattit sur lui.


Dernière édition par Laurence de Gambardin le Dim 15 Nov - 17:40, édité 1 fois
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 15 Nov - 17:19

Écartée de son protégé par quelques pas tourbillonnants de l'hurluberlu bagarreur, la demoiselle secrètement mi amusée, mi agacée reste un instant fascinée par la capacité de l'homme à engloutir sa pomme. Voir quelqu'un dévorer avec une telle voracité et une telle ardeur un pauvre fruit lui inspire un frémissement de l'arcade sourcilière accompagné d'une élévation lente et subtile de cette partie de son anatomie.
Oui, tant que ça.
Mais un peu d'animation et de spectacle ne gâchant rien, les duellistes se livrent à une représentation d'un genre assez original, se courant l'un après l'autre en vociférant.
La joute fut brève, en vérité, et peut être un peu plus précipitée qu'on s'y serait attendue. La prestation n'en est pas moins digne d'intérêt d'autant qu'elle est inattendue.

Après son brillant éclat de voix et sa foulée effrénée d'homme à l'article de la mort, cependant, l'auguste prétendant au titre de cousin le plus insupportable ne tarde pas à s'écrouler. Voilà qui est plus prévisible toutefois, et contraint à nouveau l'actrice à poursuivre son rôle de parente d'autant plus alarmée que non content de s'égarer au point de tout souiller de rouge sur son passage, le larron a perdu connaissance.
Commencerait il à causer plus de soucis que d'amusement, en réalité?
Qu'importe, pour l'heure, il faut bien que quelqu'un en prenne soin. Et si les plus blasés s'éloignent déjà, si les plus fatigués s'en vont rejoindre leur lit, les plus malsains demeurent en attendant de voir si cette figure connue consentirait à trépasser pour leurs beaux yeux. Histoire qu'ils aient enfin quelque chose d'intéressant à raconter à la prochaine soirée.
Nul de ceux là ne bougerait le petit doigt, par contre: l'on a jamais vu un vautour aider une carcasse en devenir à trouver de quoi se restaurer.

Il est donc nécessaire de se hâter à peine la tête du fol chevalier heurte le sol, et plus question de pouvoir ménager sa parure -Hélas!- en l'attente de quelque rebouteux ou bonne âme qui veuille bien l'aider à transporter le mâle qui, comme de bien entendu, pèse un âne mort à lui seul malgré ses traits fins et son corps bien fait.
Il n'est de toute façon pas envisageable qu'elle s'abaisse à le soulever elle même, tout de même, là n'est pas le rôle d'une Dame.
Trop pourvue de sens pratique malgré tout pour accepter de pousser le vice mélodramatique jusqu'à se pâmer joliment, la belle lance un regard un rien désabusé en direction de son ami Gaultier.
Non pas envers la Ronce, sachant par avance qu'au cas où il s'en sortirait, le sieur de Gambardin en ferait une syncope sitôt réveillé et rien qu'à cette idée.
Quoique... pourquoi vouloir tant le ménager, après tout? Qu'il se montre plutôt satisfait de se trouver encore vif quand il sera à nouveau en état d'en faire le constat, si tant est que cette éventualité puisse encore être envisagée.

"Messieurs, j'aurais besoin de la force de deux gentilshommes pour le mener jusqu'à un fiacre et mander une personne capable de le soigner."


Qui donc portera secours à cette charmante créature en détresse? Que nul ne se prononce écornerait à coups sur la réputation de l'assistance maintenant que nul ne peut plus prétendre que la demande n'a été explicitement formulée, à moins que personne ici ne se soucie de paraitre aussi cruel et vil que celui qu'il convient là de sauver.
Allons bon, il est possible là aussi de se faire bien voir de la parente fort bien pourvue en arguments... et avec un peu de chance, le fâcheux leur fera la grâce de décéder quoi qu'il en soit.
La question demeure malgré tout en suspend dans le silence relatif observé par les spectateurs principalement masculins qui, ma foi, pourrait tout autant lorgner avec intérêt la caboche du malheureux posé sur les cuisses appétissantes de la brune enfant. Quel dommage qu'il ne soit pas en état d'en profiter, vraiment...
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Gaultier de Mélanthios

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Lun 16 Nov - 9:02


« Vous partez ? Voudriez-vous faire réveiller Anthémus Vermeel, l’alchimiste dont la boutique se trouve rue Garancière, non loin à l’est du grand marché ? Qu’il s’attende à recevoir un blessé par lame, gravement atteint. »

« Mais nous… »

« Merci, vous êtes aimables. Il ne vous en coûtera rien, alors autant saisir l’occasion de faire un peu de bien autour de vous. Il vous sera rendu, si ce n’est par la divine Arsiese, ce sera peut-être bien par cette fine lame. Ce n’est pas quelque chose à négliger en ces temps. Allez », ponctua Gaultier, avec un sourire qui acheva de convaincre le jeune homme, tenu au bras par sa fiancée. C’est du moins ce qu’il crut, ne pouvant réaliser à quel point son annonce gentillette sonnait comme une menace voilée aux oreilles de qui connaissait la réputation du chevalier de Gambardin. Il se retourna vers la cousine éplorée et s’approcha.

« Il ne supporterait aucun transport dans cet état », déclara Gaultier pour lui répondre. Il n’avait pas attendu son appel à l’aide. Dès l’instant où il fut certain que plus personne ne se formaliserait d’une intervention extérieure dans un duel, et que Gambardin ne comptait décidément personne d’autre que sa famille adoptive pour se soucier de lui dans cet attroupement, il s’était décidé à agir, sans autre considération. Une vie est une vie.

Il retira ses gants pour les glisser dans son ceinturon, remonta ses manches, et posa lourdement un genou près du blessé, contraint par son armure. Dégainant un long couteau à lame courbe, il en attaqua les manches de son manteau pour l’en libérer, déchirant les boutonnières de la veste et de la chemise à la main. Il eut un petit pincement de nez et un froncement à un coin de lèvres en voyant les plaies. Il fallait être fou pour s’être présenté à un duel – et l’avoir conduit – en l’état.

« Ce n’est pas joli. Marie, va arrêter un fiacre, qu’il se tienne à la grille du jardin. »

Tout en donnant sa consigne, il déchira la chemise de Gambardin en trois lanières. Avant qu’elle ne puisse réagir, il préleva le châle de la demoiselle de ses épaules, avec un « je vais avoir besoin de ça, aussi ». A défaut d’être médecin, Gaultier était au moins soldat et n’avait que trop eu l’occasion de pratiquer des gestes similaires. Il l’appliqua, replié, contre la blessure la plus sérieuse, puis l’attacha fermement avec un morceau de chemise ; les autres blessures furent comprimées de la même manière, à l’aide de sa veste et des derniers morceaux de ses vêtements détrempés de sang. Finalement, il retira sa propre cape et en recouvrit l’homme évanoui, pour éviter qu’il ne se refroidisse et que l’eau qui commençait à ruisseler sur eux ne vienne encore fragiliser ses plaies. Quelques secondes plus tard, il était prêt à le déplacer, cherchant du regard si quelqu’un – comme son témoin – pourrait prendre avec lui un bout du manteau du blessé pour le porter dedans, ou s’il devrait le prendre dans ses bras, au risque de le secouer davantage.
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La Ronce de Logre

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Mer 18 Nov - 13:42

Il y avait au moins deux types de choses qui affectaient l'air emprunté de Monsieur de Vorkosigan en toutes circonstances; à savoir les énigmes et les pommes. Et depuis que Laurence de Gambardin y était justement tombés, l'énigme restait entière quant à savoir s'il finirait en compote.

Transportant Gambardin par les pieds pendant que le secourable - et mieux bâti - le tenait par le haut de son veston, le limier réfléchissait à toute allure. Ici une marche rendue glissante par la pluie nécessitait de modifier l'inclinaison de leur marche, et là, une motte de terre spongieuse freinait un appui rendu précaire par le poids du blessé. Ce dernier, par ailleurs, brillait par son absence. Pas un gémissement lorsque manquant une marche il tanguait dangereusement, ni un râle lorsque les deux porteurs échangèrent quelques politesses d'usage. La Ronce avait vu nombre de gens aussi polis juste avant leur mort.

Mais à dire vrai, le véritable point de focalisation de l'attention de la Ronce était tout autre.

En l'occurrence, la Cape.

Vêtement sans manches dont l'origine se perdait dans les petites lignes des annales de la couture, la Cape dénotait par la simplicité de son patron, faisant à l'origine d'elle guère plus qu'un demi-sac posé sur le dos d'un ingénieux voyageur. Celle-ci en particulier se composait de deux ouvrants et d'une capuche, coupe caractéristique des malandrins, des conspirateurs et des gens craignant la pluie. Les passants, sans ornementations, étaient composés d'un métal mât. Leurs tintements fréquents sur les obstacles rencontrés laissaient deviner une composition métallique d'excellente facture. Le tissu en lui-même n'apportait rien de particulier en terme d'informations. Autrefois simple habillage à mouton, la laine avait été tressée par une tisserande adroite en un vêtement bien coupé, solide et chaud. L'absence de surplis, de dorures et d'autres fioritures renforçait l'impression générale et permettait d'envisager la validation de premières hypothèses concernant l'identité de son propriétaire.

Les trois hommes, ayant décidé de couper au plus court, émergèrent dans un ensemble chaotique d'un parterre de lilas. Un instant, Miles lâcha la bride de ses interrogations, le temps de soulever Gambardin au dessus d'une épaisse chaîne de fer bordant l'allée centrale des jardins suspendus. La sortie n'était plus très loin et déjà la voix de l'indélicate Cousine tintait à ses oreilles.

La sortie n'était plus qu'à quelques dizaines de pas.

Il fallait se presser d'en finir avec l'analyse des faits.

Car l'analyse des faits, mais surtout de leurs causes et de leurs conséquences était pour ainsi dire la marotte de Monsieur de Vorkosigan. Le mystère n'était qu'un symptôme au regard de la maladie contagieuse qu'étaient les faits, leurs origines et leurs destinations. En véritable écosystème, les faits sans cesse se rencontraient, se confrontaient et se multipliaient. Ceci à un point tel que dans certaines affaires parmi les plus complexes, la Ronce s'était particulièrement trouvée tentée d'éliminer jusqu'au dernier suspect pour être certain d'avoir bien situé le responsable de telle ou telle atrocité.

L'espace d'un instant, les yeux de Vorkosigan papillonnèrent, chipant nombre d'images à la réalité. Les manières, les attitudes, les postures, la musculature, la contenance, la démarche, les manières et la physionomie du porteur furent analysées, triées et assimilées.

Détail anodin, pouvant passer inaperçu pour le profane, le gus était vêtu d'une armure le couvrant de pied en cap.

Miles de Vorkosigan entra le premier dans le coche, à reculons. S'en suivirent les pieds de Gambardin, le reste de son corps et enfin, puisqu'il en était un, le Parangon. Il ouvrit la porte opposée et sortit de l'habitacle, l'obséquieux Gambardin prenant l'intégralité d'un divan, il laissa sa Cousine et le Parangon à l'intérieur.

Le cocher se mit en route dès qu'il fût installé sur le cale pied arrière.

« ... Et pour ce qui est des frais de nettoyage ? » précisa le cocher en levant son fouet.

« ... Roulez ! Roulez ! Messire de Mélianthos n'est point homme à faire dans la dentelle. » compléta Miles.

Du moins, était-ce ce que l'on racontait sur cet homme dans les cancans dernièrement échangés en ville, le concernant.
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Marie Canteloup

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Jeu 19 Nov - 2:54

Vu de près, la demoiselle de Gambardin présumée -ou pas-, semble bien moins cœur tendre et écervelée. Rien dans son expression, en vérité, ne laisse présager de dégout ou de panique.. réaction fort peu normale, s'il en est, de la part d'une petite noble qui n'a visiblement pas fait de carrière militaire.
Mais il n'y a pas matière à trop l'observer et la saltimbanque n'en laisse du reste pas l'occasion aux deux hommes. Qui de sa pomme qui de son orange, elle leur abandonne le faux cousin après avoir délicatement reposé sa tête aux yeux clos (diantre, il aurait presque l'air doux et innocent, ainsi. Faut il donc qu'il trépasse pour exprimer quelque chose de positif?), et part héler un fiacre.
Là encore et pour confirmer cette étrange impression qu'elle n'est pas totalement à sa place, son étuis à violon d'une main, ses jupons relevés de l'autre de façon presque choquante quoi que purement pratique, elle court à belle allure, stupéfiant les éventuels promeneurs et autres hyènes tardives sur son passage.

En fait de moyen de locomotion, l'affaire est vite réglée: Le véhicule, malgré l'heure matinale, n'hésite pas un instant à faire halte face aux mollets ainsi découverts avec une effronterie toute féminine.
D'un charmant sourire, la diablesse commence à l'embobiner, ce pauvre hère modeste qui croit quelques instants de trop avoir tapé dans l'œil d'une damoiselle de haute naissance -mais point de haute vertu- qui s'acoquine présentement.
Peut être a elle bu? Fumé? Une simple facétie, peut être? Qu'importe: il n'a pas le temps de se fixer que les deux compères et le contrariant chevalier tout à son inconscience déboulent et s'installent, un peu comme ils peuvent, pour lui dégueulasser l'arrière de son gagne pain.
Le pauvre cocher réalise un peu tard qu'il a été retenu dans ce but et s'est bien fait rouler, râlant autant par nécessité que prit d'une soudaine aigreur sur l'état du revêtement de ses banquettes et le prix qu'il paye sa naïveté.

Veillant sur l'état de son protégé, à l'abri de l'habitacle, Marie en profite pour adresser plusieurs regards de connivence avec son voisin le parangon. Nul doute, vu la familiarité dont celui-ci a fait preuve au moment de compresser les plaies du malheureux qu'ils se connaissent et jouissent même, si l'on puis le dire ainsi, d'une certaine proximité.
Vérifiant rapidement que nul ne les surveille, la donzelle en profite même pour se blottir contre le suave dégustateur d'agrumes, posant une petite main maculée de sang séché sur son bras musclé encore dénudé.
Quelques particules carmin foncé se désagrègent, tombent de sa propre épiderme en une fine poussière sombre et inégale, bien inoffensives.

"Il va devenir difficile d'aller petit déjeuner, en ce jour... mais malgré le danger que tu représentes pour moi, je suis heureuse de t'avoir retrouvé."

Lui murmure elle alors d'une voix douce, calme, étrangement sérieuse pour une fois.
Veillant régulièrement à ce que leur paquetage ne soit pas trop secoué, la violoniste passe sa main libre sur le bois laqué et patiné de son instrument fétiche. Songeuse, le bout de ses doigts parcourt la surface lisse et noire, tirée de son indolente rêverie que lorsque leur carrosse arrive à destination.
Une boutique. Une... quelque chose comme ça que la belle enfant ne saurait exactement nommer mais qui induit soudain en elle le doute sincère que qui que ce soit ici sera en mesure de sauver la vie du patient qu'ils amènent.
Fichtre! Maintenant qu'ils sont là, plus question de se rendre ailleurs: il faudra bien que ce soit suffisant.
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Anthem

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MessageSujet: Re: Duel au petit matin [RP ouvert]   Dim 22 Nov - 10:30

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