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 Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]

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Nessa Calianthe

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MessageSujet: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Jeu 29 Oct - 2:47

La Dame referma la porte de la bâtisse avec délicatesse et tourna la clé dans la serrure, sans précipitation ni lenteur exagérée. Terminer une soirée agréable avec un homme en toute bienséance était un art qu'il ne fallait pas négliger, car il augurait souvent de la qualité du prochain rendez-vous.

Il était rare d'ailleurs que Nessa se fasse raccompagner jusqu'à sa demeure ; le menu fretin qu'elle pêchait dans ses filets confondait souvent Danseuse et Fille de Joie. Certes, les deux faisaient commerce de leurs corps, mais la Dame Calianthe était telle une fleur sous une coupole de verre, délicate et intouchable. Et surtout, intouchée. Il était aussi rare qu'un homme en sa compagnie ne tente pas d'obtenir plus en avant ses faveurs, pour une nuit. Car la Danseuse est un met singulier, non pas pour sa beauté, mais par son art du spectacle. Voir ainsi se contorsionner son corps, comme une poupée déliée, attisait nombre de convoitise et de curiosité. Un trophée de choix, en somme, dont les hommes peuvent se vanter entre eux.

Nessa se baissa prestement et colla son oreille contre la porte, mue par une curiosité enfantine. Etait-il encore là ? Serait-il là demain ? Elle avait accepté tacitement de perdre une soirée de pêche pour la passer en sa compagnie, et voilà qu'il la raccompagnait, le bal n'étant même pas fini. Elle aurait pu en être vexée, mais la représentation l'avait fatiguée, cette nuit de repos ne serait pas de trop pour aller, le lendemain, trouver d'autres clients à son spectacle. Les temps étaient durs, et cela avait été une aubaine pour sa troupe que d'être quémandée par une grande Dame de Logre.

N'entendant plus rien, elle se releva, et se jeta dans les escaliers, sautant les marches quatre à quatre comme à son habitude ; s'appuyant sur la rampe, ses pieds semblaient à peine frôler le bois mais pourtant, quelques grincements s'arrachèrent aux planches usées de la maison.

« Maudit plancher... » murmura-t-elle, le souffle court.

Elle ouvrit la porte de sa chambre à la volée, sans prendre la peine de la refermer. Elle se savait seule ici, tous les membres de sa troupe s'amusaient au bal. Déboutonnant les quelques liens de sa robe et expédiant ses chaussures d'un geste peu orthodoxe, elle s'approcha de sa fenêtre, qui donnait sur la rue principale où Monsieur de Vorkosigan l'avait laissée quelques minutes plus tôt.

Sa surprise fut grande lorsqu'elle l'aperçut, lui aussi, en train de se dévêtir, du moins d'enlever sa veste. Un jeune garçon l'avait rejoint et lui donnait divers paquets en échange d'autres, notamment la veste, puis les chaussures de ville, contre un costume d'acrobate et des bottes plus passe-partout.

« Que... ? » s'exclama-t-elle, fronçant les sourcils.

Elle avait quitté sa robe en regardant la scène et attrapé ses vêtements usuels, tunique blanche et pantalon sombre. Elle décrocha son voile, révélant ainsi sa bouche. Elle n'avait pas le temps de défaire les fleurs dans ses cheveux, Monsieur de Vorkosigan attrapait déjà un sabre au vol et se mettait en route, à pas rapides, à droite de la maison, passant sous la fenêtre de la Dame.

Nessa dévala une deuxième fois l'escalier, en sens inverse. Accrochés à sa ceinture, ses deux éventails bougeaient en tout sens lors de ses mouvements fluides et rapides. Elle s'obligea à un instant de patience, avant de déverrouiller et d'ouvrir la porte d'entrée, afin que le Sieur ne la surprenne derrière ni ne l'entende. Puis elle sortit, à pas feutrés, et s'engagea dans la rue où il avait disparu.

Car chacun dans le bal se dirait que Monsieur de Vorkosigan passait la suite de la soirée en compagnie de la Danseuse, voire même toute la nuit. A quoi profitait son alibi... S'était-elle trompée en le jugeant gentilhomme ? Elle espérait bien découvrir le but de sa course secrète pour se faire une idée du personnage.
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La Ronce de Logre

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Ven 30 Oct - 10:54

L'on disait de nombreuses choses sur la Ronce de Logre, certaines simples et d'autres proprement extravagantes. Étrangement, mais cela n'était il pas tout simplement l'essence du merveilleux, les secondes étaient souvent plus proches de la réalité que les premières. De multiples témoignages accordaient à la Ronce de Logre une allure changeante. La Milice de la cité l'aurait désigné comme étant Monsieur de Vorkosigan, homme aimable à l'humeur régulière, serviable au possible. La pègre, elle, en avait des souvenirs plus disparates. Certes, l'escogriffe répondant au nom de Miles de Vorkosigan était l'identité la plus probable de la Ronce. Mais au regard de nombreux témoignages échangés sous le manteau, la Ronce était déjà apparue sous les traits d'une jeune femme blonde, lors de l'affaire du Mas Carpone, sous les traits d'un enfant pas encore pubère lors de l'affaire des « Blancs Manteaux » ou encore d'un sordide nain encanaillé à l'occasion de l'éclaircissement de « L'étrange cas des disparus du Carrosse Hurleur ».

Au premier jugé, la rumeur avait attribué les faits de la Ronce à un Changelin, mais cela n'expliquait pas les cas d'ubiquité de ce curieux personnage. Par la suite, l'on avait parlé d'un illusionniste, émis une théorie sur un curieux pouvoir de passe-muraille ou encore, d'un être éthéré. Parfois, les plus imaginatifs l'avait rêvé en personnage à mi-chemin entre l'ensemble de ces extrêmes. A tel point que nombre de criminels repoussaient leurs projets lorsqu'une vieille mule se tenait proscrite dans un coin de la scène, par prudence.

La vérité, vous l'aurez bien compris, était bien plus simple. Monsieur de Vorkosigan, lorsque le besoin s'en faisait sentir, se payait des doublures. La jeune femme blonde n'était autre qu'une actrice pour laquelle Monsieur de Vorkosigan avait rédigé un rôle de composition. Le fait qu'elle répète son texte en place publique avait été suffisant pour générer une telle méprise. Lors de l'affaire des Manteaux Blancs, ce n'est autre que Moucheron - apprenti bon à rien de la Ronce - qui, échappé de l'autorité parentale, s'était cru capable de résoudre seul l'affaire. Enfin, pour la curieuse histoire du Carrosse Hurleur, Monsieur de Vorkosigan n'avait fait que proposer un parfum au Miel à un nain en mal d'aventures amoureuses, lequel en allant visiter une Maison de Plaisir, s'était trouvé emporté par les kidnappeurs œuvrant sur ce Carrosse. La Ronce, armé par les bons soins d'un ami horticulteur, avait réussi à suivre - à grand mal, reconnaissons le - la trace d'abeilles au travers de la ville pour arriver à trouver le repaire de ces brigands.

Rien qui ne puisse donc s'expliquer de manière rationnelle.

Le pas léger, armé à sa gauche de son sabre et à sa droite d'un Moucheron, la Ronce de Logre remontait une ruelle jusqu'à la Tour des Passe-Passe, laquelle faisait angle avec la Rue Morgue.

La Ronce ralentit le pas et passa la tête dans la rue avec prudence, juste le temps de jeter un œil. Moucheron agit de même, à sa hauteur.

« Ils ne sont pas encore arrivé, bien bien bien... » commenta la Ronce.

Moucheron frappa de son poing droit dans la paume de sa main gauche.

« Alors, c'est ici que nous mettrons un terme à cette embrouille » répondit Moucheron en sortant un stylet de sa manche.

La Ronce se redressa de toute sa taille et observa l'arme d'un œil appréciateur.

« Voyons voir ça » dit il en tendant la main. Son apprenti la lui remit en affichant sa fierté lorsque la Ronce commenta l'équilibre et le tranchant de l'arme.

« Elle doit parfaitement couper et se lancer » précisa la Ronce en prenant la lame par sa pointe.

« Pour sur ! » réagit Moucheron.

Il ne s'offusqua que lors la pointe de la lame, projetée d'un mouvement badin, s'enfonça de plusieurs centimètres dans le bois d'une poutre, placée à trois bons mètres du sol.

« Effectivement, elle coupe et se lance fort bien » badina la Ronce, pendant que Moucheron fulminait à ses pieds.

« J'exige que ... » puisa l'enfant dans ses ultimes réserves de patience.

La Ronce de Logre dégrafa son fourreau de sa taille et se hissa sur un tonnelet afin d'aller installer son arme en haut de la poutre, à l'abri des œillades indiscrètes. Un tête-en-l'air aurait pu la remarquer, mais la plupart des gens marchaient usuellement en regardant leurs pieds.

« Un jour, il vous faudra bien répondre à cette question ! » poursuivit Moucheron.

« Qui est ? » demanda-t-il en déplaçant le tonnelet.

« Savez vous oui, ou non, vous servir de cette arme ? »

La Ronce réfléchit un instant.

« Ce n'est pas mon style, voilà tout. » répondit il, d'un ton outrancièrement nonchalant.

« Votre ... » hoqueta-t-il, ulcéré.

« Puisque je t'ai privé de ton arme, je me prive de la mienne, ce n'est que justice... Maintenant... Dépêches toi, la leçon continue... Mais à l'intérieur de la propriété de la Maison Lectus » dit il en jetant un œil dans la Rue Morgue, vide de toute présence. Il réunit ses mains et fit la courte échelle à Moucheron pour que ce dernier se hisse sur le mur d'enceinte. Il prit ensuite appel sur une aspérité qu'il était venu reconnaitre quelques jours plus tôt et après un rapide examen des alentours, pénétra dans les jardins de la Maison Lectus.

Ses jardins... ses fontaines... et ses richesses.
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Nessa Calianthe

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Ven 30 Oct - 16:51

La Dame Calianthe se faufilait à la suite des deux compères, leur laissant bien deux voire trois longueurs d'avance. Il ne s'agissait pas qu'elle se fasse repérer par un gamin à peine pubère répondant au doux sobriquet de Moucheron, ni par cet homme qu'elle aurait juré bienséant quelques minutes plus tôt. D'ailleurs, être découverte était une option inenvisageable pour elle : elle en était encore à se demander pourquoi elle avait foncé tête baissée dans ce guêpier, et pourquoi donc elle s'enfonçait encore plus loin dans les ennuis. Après tout, elle ne connaissait que peu ce Monsieur de Vorkosigan, il aurait pu tout aussi bien se jouer d'elle et accomplir quelques méfaits ailleurs. Auquel cas, sa peau ne vaudrait pas bien cher s'il la trouvait sur son chemin.

Elle avançait, à pas feutrés, tandis que les deux hommes - du moins l'homme et l'enfant - continuaient leur route vers leurs sombres desseins. La Danseuse imaginait tour à tour moult aventures dont la Ronce et son compagnon de fortune étaient voleurs, bandits, mécréants, scélérats, malandrins, aigrefins. Assaisonnés d'histoires aigres-douces, elle improvisait des scénarii aussi fins qu'improbables.

Ainsi, ils s'en allaient enlever la fille bien aimée d'un Haut Dignitaire de Logre, profitant du bal, et de l'heure tardive où laquelle une jeune fille de bonne famille est forcément au chaud dans son lit. Ou encore, ils partaient s'acoquiner avec une bande de renégats, fomentant quelques complots à l'encontre du Conseil. Dans une autre version, toute aussi tordue mais bien moins plaisante, Monsieur de Vorkosigan et Grenouille étaient en fait à l'origine des vols de corsets, bustier et autres sous-vêtements féminins. A son arrivée dans la ville, on l'avait en effet prévenue qu'un singulier satyre sévissait en ce moment dans Logre et ravissait aux jeunes femmes leur lingerie ; personne n'avait encore pu l'attraper. Se pouvait-il que ce soit justement la Ronce, accompagné d'un abominable gamin en avance sur ses fantasmes ?

Dans tous les cas, si Nessa en sortait vivante, elle filerait droit avertir les autorités, moyennant quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Il fallait bien vivre. Et lorsqu'une fête serait donnée en son honneur... Elle en profiterait pour donner une représentation, et ainsi se faire mieux connaître de l'aristocratie logrusienne. Elle était gagnante, sur tous les tableaux.

Son imagination fertile faillit la faire repérer lorsque Monsieur de Vorkosigan et Moucheron stoppèrent à un angle de rue. Elle s'arrêta un brin trop tard, prenant conscience qu'une filature à moitié endormie équivalait à un suicide. Remettant ces idées en place, la Dame s'éclipsa à temps derrière un étal vide. Par chance, les deux humains n'avaient pas encore regardé en arrière et ne l'avaient donc pas aperçue.

C'est d'assez près, donc, qu'elle pu voir la Ronce de Logre lancer une sorte de couteau et mettre l'arme hors de portée de l'enfant, qui fulminait à ses côtés. Décidément, ces deux-là n'avaient rien de pervers ou de gredins ; elle fronça les sourcils et s'apprêta à rebrousser chemin, jugeant ses propres phantasmes complètement délirants. La nuit porte conseil, et un sommeil réparateur aura tôt fait de laver ses soupçons.

Alors qu'elle se décidait à partir lorsqu'elle le pourrait, Miles de Vorkosigan déposa sa propre épée en haut de la poutre poignardée par le couteau, cachée, puis il disparut en compagnie de son acolyte dans le jardin d'une propriété jouxtant le théâtre des évènements.

La tentation était omniprésente. Passé quelques instants, étant sûre qu'ils ne reviendraient pas immédiatement, Nessa se releva de sa cachette et se plaça sous la poutre, un air curieux affiché sur son visage. Elle porta un doigt sur ses lèvres, réfléchit quelques instants puis se saisit du tonnelet qui avait permis à la Ronce de placer là son épée. Elle se hissa dessus avec grâce et elle tendit les bras vers le fourreau. La Dame était plus petite que le Sieur, aussi se grandit-elle le plus possible, sur la pointe des pieds, pour toucher la garde de l'épée.

« Viens là ma mignonne ! » grogna une voix bien imbibée derrière elle.

A force de concentration, elle n'avait pas entendu les pas irréguliers se rapprocher d'elle. Des mains grossières se saisirent de sa taille, et, par les forces d'équilibre bien connues, le tonnelet se renversa.

Privés d'appuis, les pieds de la Dame se retrouvèrent irrémédiablement attirés vers le sol, tout comme le reste de son être. Et malgré la finesse de sa taille, la demoiselle ne valait pas moins qu'un poids mort.

Poids mort qui, malencontreusement, heurta de plein fouet le ventre du bougre insensible. L'estomac du gaillard, qui était à son contraire bien réceptif, ordonna à son patron qu'il était temps de se soulager des quelques litres de bibines avalées plus tôt dans la soirée.

Renversant sans ménagement la Danseuse sur la caillasse, il se pencha en avant et commença à se soulager les entrailles.

Pendant ce temps, le Fourreau, qui n'était pas en reste, avait été déséquilibré par les efforts de Nessa pour l'attraper, et tanguait dangereusement au-dessus du vide.

Du vide ? Non ! Pensez-vous : lorsqu'il chuta, la garde de l'épée entra en un contact fort peu aimable avec la tête du quidam. Lequel ne se releva pas.

« Ouille » lâcha Nessa, en conclusion fort peu élégante de cette série d'événements étranges.

Elle se redressa, se massa les reins en grimaçant, s'assura que l’ivrogne n'était pas mort - pour sûr, il ronflait - et attrapa le fourreau prodige.

Le bruit de la chute avait pu alerter les personnes alentour, aussi décida-t-elle de ne pas s'attarder plus que nécessaire. Elle détacha avec précipitation une fleur de ses cheveux, la lassa choir au pied de la poutre, côté abrité ; seul quelqu'un venant de ce côté pour venir y chercher quelque chose pourrait trouver la pièce de tissu.

Puis elle se sauva le plus vite possible, ne se souciant plus ni d'être aperçue ni de faire du bruit ; elle courrait à perdre haleine, en direction de sa Demeure.
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La Ronce de Logre

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Jeu 5 Nov - 12:12

Le diabolique, que dis-je, l'infâme Moucheron - ou Grenouille, nommez le comme vous le souhaitez - émergea le premier de la Maison Lectus. L'enfant, presque adolescent, se dégagea des jardins par le portail de fer forgé, sans se soucier nullement d'être vu. A sa suite, les mains dans les poches, venait Monsieur de Vorkosigan, l'air tout aussi désinvolte que son apprenti.

« Voilà une affaire rondement menée » précisa la Ronce de Logre en refermant le portail derrière d'un bon coup de talon. Grenouille, déjà au milieu de la rue, ne put s'empêcher d'apporter son grain de poivre en précision de cette assertion.

« Effectivement, pourtant il reste comment dire, quelques nota bene, post-scriptum et autres menus détails perfectibles... » entama-t-il.

« ... voilà un discours fleuri qui masque bien des puanteurs.. Je vous en prie Maître Nouille, dites moi ce qui était perfectible dans cette scène ? » pérora la Ronce d'un air enchanté.

« Le Majordome vous a cassé la gueule » annonça Grenouille d'un ton neutre.

« Peuh ! » rétorqua la Ronce, en sortant sa main gauche de sa poche pour masser son menton endolori. Il passa sa langue sur ses lèvres pour gouter un peu du sang qui coulait encore et leva son index à l'image d'un instituteur s'apprêtant à donner la solution d'un épineux problème.

« C'était foutrement nécessaire ! Pour mettre le vieux en confiance... Il ne m'a pas défiguré au moins ? » questionna-t-il en présentant son profil.

« Pas plus que Mère nature ne l'a... Tiens... une surprise... » cracha Moucheron en contemplant un homme ivre installé contre le mur de la ruelle d'où il y a peu les deux compères complotaient en préparation de leur effraction.

« ... Au jugé... une centaine de kilos de surprise » jugea la Ronce, en posant sa botte droite sur son épaule. Il se hissa ensuite en prenant leur invité comme marche-pied en direction de la poutre qui lui servait depuis peu de râtelier.

A la force des bras, la Ronce hissa son visage au dessus de la poutre, afin de récupérer l'arme dont il tirait son surnom. S'arrachant à la gravité terrestre la Ronce prit quelques centimètres. Il cligna des yeux quelques instants, hésita encore une paire de secondes et de stupéfaction, lâcha prise. Il retomba en arrière, fesses premières au sol.

« ... Mon... arme... envolée... volée ! » caqueta-t-il en tremblant légèrement de colère, de surprise et d'autres sentiments trop complexes pour être décrit.

« ... Pour ce qu'elle vous sert de toute manière ! » ajouta le taquin serviteur en ramassant la fleur laissée au sol à proximité du point de chute de la Ronce.

Moucheron ramassa une fleur et l'examina sous toute ses coutures. La Ronce se redressa, examina la fleur en toute hâte, l'homme assoupi puis Moucheron.

« ... Gardez votre calme » conseilla Moucheron.

Monsieur de Vorkosigan lui offrit un sourire aimable et apaisé, avant de se jeter avec l'avidité d'un mort de faim croisant un plateau de desserts sur l'homme assoupi, le soulevant du sol et le secouant comme un prunier, lui arrachant parfois quelques gloussements contentés.

« ... Mignonne » gloussa-t-il.

« ... Je crois que notre affaire est claire et limpide. » annonça Moucheron.

« ... il se fout de ma poire » compléta la Ronce en le secouant de plus belle.

« ... C'est votre danseuse qui a fait le coup... Mais comme elle l'a signé... Elle ne devrait pas poser trop de problèmes à vous rendre votre bien » précisa Moucheron d'une voix lasse.

La Ronce rendit sa liberté au bon Monsieur en le laissant s'effondrer au sol, en un bruit gras.

« ... Le temps nous fuit, jeune homme. Sans cette arme, mes deux prochains rendez-vous se trouvent fort compromis... En route. » ordonna la Ronce de Logre, en rebroussant chemin d'un pas décidé.

« ... Vous avez une idée en tête ? Un mode opératoire possiblement ? »

« Mieux, un plan. »

« Ita ! » cracha-t-il en époussetant l'air d'un mouvement de la main. « Je le ferai graver sur votre tombe Messire de la Ronce. »

« Un Plan ! » reprit Miles un ton au dessus. « Et voilà comment nous allons nous y prendre. »

Il afficha un sourire carnassier.

« Ou plutôt, comment tu vas t'y prendre. »

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Nessa Calianthe

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Jeu 5 Nov - 14:40

La Demoiselle courrait comme si quelques démons sanguinaires s'étaient lancés à ses trousses. Elle filait à toute allure, le vent giflant ses joues fraîches, portant à son teint la couleur que seul un pinceau de maître peut sublimer ; ça et là, des fleurs de tissus se répandaient sur sa route, traçant une sente odorante de cerisiers en fleurs. Elle regretterait sûrement d'avoir égaré quelques-uns de ses précieux atours, mais elle aurait toute la nuit et le lendemain pour soupirer à leur perte. Et tous les autres jours à venir pour penser à ce qu'elle venait d'accomplir.

Elle n'était pas une voleuse, tout juste un brin curieuse ; mais toujours Prudence s'était rappelée à elle afin de la tenir écartée de tout danger. Et voilà qu'à peine arrivée dans la Cité des Primes Stellans elle commettait crime et impair. Car ses explications ne resteraient que vagues et sombres, si d'aventure quiconque l'interrogeait sur ses actes : curiosité n'est pas un mobile qu'il est bon de citer pour se justifier.

Mais qu'importe ! Mues par une mécanique antique, les jambes de Nessa se pliaient et se déployaient sans faiblir, tandis que ses bras graciles emportaient l'objet du délit. La Danseuse ne s'arrêta que devant sa porte, sans un regard un arrière, les pommettes roses. Déverrouillant la porte d'entrée avec hâte, et la refermant à clé avec tout autant de rapidité, elle ne s'autorisa une halte qu'après être montée dans sa chambre, seule.

Le fourreau qu'elle tenait contre son cœur n'avait pas l'air d'une valeur particulière. Sobre, il dénotait du bon goût dont manquaient souvent les nobles et bourgeois gentilshommes qui s'en paraient plus comme d'un bijou que comme d'un étui de protection pour leur arme. Caressant distraitement le cuir, elle n'osa cependant pas en sortir l'épée, jugeant que ce serait aller trop loin dans la violation de l'intimité du propriétaire de la lame. La Dame Calianthe déposa délicatement sur son lit sa prise et s'accorda enfin un répit.

Elle était essoufflée, d'avoir couru si longtemps ; son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Éperdue de fatigue, elle aurait bien voulu s'étendre là et dormir, sans penser à rien d'autre qu'au sommeil réparateur ; mais les rêves attendront qu'elle se rafraîchisse, qu'elle se délasse afin de n'avoir ni courbature, ni muscle rigide le lendemain, ce qui serait fatal à une danseuse. Elle renversa un peu d'eau dans la bassine prévue à cet effet sur la commode, et, bien que l'onde ne soit plus fraîche depuis un moment, le simple fait d'y tremper les mains et de s'asperger le visage lui fit beaucoup de bien. Elle repoussa quelques mèches collées à son front, puis dénoua ses cheveux. Elle n'avait plus l'air si apprêtée, si sûre d'elle loin de ses étoffes de couleur qui lui cachaient la moitié du visage ; elle n'était qu'une demoiselle fragile, n’ayant qu’une ligne de conduite, et ne sachant que faire d’autre de sa vie. Elle n'avait sa place nulle part, en dehors des spectacles qu'elle créait pour la foule anonyme : elle pouvait alors inventer un monde fort en couleur, en musique, en poésie, où elle était chez elle, plus que personne d'autre. Mais la réalité était tout autre, et les rêves, souvent, font se languir l'âme d'une façon si cruelle qu'il vaut mieux abandonner tout espoir d'une vie meilleure.

C'est de la même façon que Nessa quittait ses beaux atours, ses bijoux et ses coiffures soignées pour rester seule, comme nue. Ses cheveux sans artifice ni surprise cavalaient le long de ses formes, pour une fois laissés à leur libre cours. Elle quitta son caleçon mais garda sa tunique blanche, assez longue pour tomber jusqu'à mi-cuisse ; sans ceinture pour l'ajuster, elle paraissait bien deux fois trop ample pour elle. Elle fit quelques pas vers la fenêtre et s'accouda à la balustrade ; il faisait encore chaud pour la saison, et les quelques gouttes d'eau qui étaient restées sur son visage et son cou séchèrent sous l'action de la brise nocturne. Ce même vent qu'elle prenait plaisir à ressentir lui soulevait boucles et jouait avec sa tunique, tout comme un amant l'aurait fait avec sa compagne.

Elle soupira et se retourna, devisant son lit. Il était grand temps de se coucher, et elle pouvait affirmer sans mentir qu'elle n'aurait de mal à s'endormir, avec les évènements du soir. Elle jeta un dernier coup d'œil aux étoiles, puis s'allongea sur sa couche, sans prendre le soin de se glisser dans les draps ; elle se lova tout contre le fourreau, et sa conscience se perdit, loin, dans un monde où les Danseuses n'ont jamais à se soucier d'autres choses que de danser.

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La Ronce de Logre

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Ven 29 Jan - 23:33

Installé cul contre pierre un Moucheron faisandait face au Manoir abritant la troupe de la Camerata. L'œil torve, l'allure dégingandée et le dos courbé il avait été fait semblable à tous les adolescents de la création : mou, corvéable et mal dans sa peau. Pour parfaire le tableau, et parce qu'il était réellement tôt, ou réellement tard selon le point de vue, ou peut être encore parce que les adolescents sont perpétuellement épuisés, il bailla longuement.

Et par pure flemmardise invoqua un être abyssal.


Tapi dans l'ombre, un être sournois attendait son heure. Gargouille dodue aux traits carmins, l'horrible créature laissait son regard s'habituer aux noirceurs dans lesquelles il venait de plonger avec contentement. Durant un temps indéterminé, caché dans un éther minable, il fureta un bon moment dans la chambre. A quatre pattes, il jeta un œil sous le lit puis, à l'aide d'un fauteuil molletonné , explora les hauteurs d'une étagère en noyer, sans succès.

Soudainement mis en alerte par un mouvement anodin, il s'embusqua dans une armoire d'inspiration gothique flamboyant en frissonnant. La porte légèrement entrouverte, il accola un œil rond à l'observation des évènements.

Attentif, il lorgna de longues minutes sur les courbes délicieuses de la danseuse. Ses formes épurées, rendues graciles tant par une âme de bonne fortune que la pratique d'exercices suivis sans fioritures. Par acquis d'inconscience il s'attarda sur elle : sur ses mollets, délicats; ses chevilles, légères; ses cuisses, fermes et fuselées; sa taille, si fine; sa canne, en prévision de ses vieilles années; sa poitrine, d'une pudeur excessive; ses épaules, fragiles; son cou, gracile; et son visage, ravissant.

Le diablotin souffla, perturbé, puis repris son exploration à rebours : tête, cou, épaules, poitrine, poitrine, poitrine, canne, taille... canne !

Un démoniaque sourire se figea quelques instants sur les traits du voyeur, alors que son cerveau – ou son cervelet, plus probablement – se trouvait de nouveau irrigué par le sang.

Il s'avança furtivement, ombre parmi les ombres, afin de récupérer l'objet de sa visite et du litige, le lit-tige : la sabre de la Ronce.
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Nessa Calianthe

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MessageSujet: Re: Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]   Jeu 4 Mar - 16:22

Ses yeux se perdaient loin, hors de sa conscience, hors de la consistance réelle des choses. Elle était si fatiguée qu’elle sombrait sans penser à autre chose qu’à la chaleur bienheureuse du fourreau. Et les songes l’appelaient à elle, la petite Danseuse, pour qu’elle vienne en quelque contrée merveilleuse, où la tragédie côtoie sans gêne et sans honte l’absurde.

Et dans ses rêves… Dansez rêves…

La nuit était noire, sans une seule lueur d’étoile. Elle se tenait debout au centre de rien, le sol ressemblant à un plancher poli par de nombreux pas experts. Il faisait si sombre qu’elle ne voyait rien autour d’elle ; seule une colonne de lumière l’entourait, comme si quelque numéro dont elle serait l’héroïne était sur le point de commencer.

Elle inspira lentement, comme si elle doutait que l’air soit respirable autour d’elle. Son corps pesait lourd, et aucune sensation ne lui parvenait de ses doigts, de ses pieds. Du coin de l’œil, elle aperçut des filaments luisant dans le cercle de lumière, tout autour d’elle. Il y en avait des dizaines.

C’est alors que la musique commença. Son bras droit se leva, gracile, esquissant un geste délié qui embrassait l’air au-dessus d’elle. Sa tête se pencha sur la gauche, lentement, tandis que son autre bras s’écartait de son corps, en rythme avec la musique. Ses pieds exécutèrent un pas chassé, puis deux, puis trois. Elle n’en avait aucunement la volonté. Son corps ne lui appartenait plus. La lumière se déplaçait avec elle, laissant dans l’ombre le reste du monde. Elle dansa ainsi ce qui lui parut des heures ; mais elle ne ressentait ni fatigue, ni émotion. Même l’air avait un goût insipide, et bientôt, elle oublia de respirer sans que cela lui fût dommageable. Des fils la soulevaient, l’actionnait comme une poupée sans âme : elle n’était qu’une marionnette dans un jeu d’enfant.

C’est alors que la musique changea. Les premières notes d’une valse classique tintèrent, remplaçant l’autre air sans transition. Brusquement, la danseuse cessa tout mouvement, les ficelles argentées tombant tout autour d’elle, comme mortes. L’attraction du sol reprit ses droits ; elle s’effondra en une masse, les yeux clos. Elle redoutait de toucher le parquet, craignant de se briser aussi sûrement qu’une poupée de porcelaine le ferait.
Mais des bras la rattrapèrent. Assez puissants pour la remettre debout, assez sûrs pour lui faire ouvrir les yeux, assez doux pour l’encourager à respirer de nouveau. C’était à n’en pas douter un homme ; cependant, il restait dans l’ombre, et elle, trop illuminée pour distinguer quoi que ce soit. Alors il l’emporta dans une valse à quatre temps, simple et reposante, mais pourtant magistrale, car exécutée à la perfection. Il menait les pas, décidait de quelques excentricités, mais jamais elle n’avait à se concentrer sur la danse, car il la portait dans ses bras, comme un carcan de sûreté. Ainsi ils dansaient, explorant le vaste parquet, parcourant comme des kilomètres ; et elle souriait, sans savoir à qui, mais elle s’abandonnait sans arrière pensée, reposée.

C’est alors que la musique cessa. Elle n’avait pas encore eu conscience du changement que les bras la lâchèrent, et partirent, sans mot dire. Le silence s’abattit sur elle comme une nuée ardente, étouffant et brûlant de vide. Elle était seule, et elle tombait.

Et la poupée se brisa en touchant le sol.



Et dans ses rêves… Dansez rêves…

Il faisait froid. Le jour commençait à décliner, mais il faisait encore assez clair pour avoir une vision nette de la situation. La danseuse était perdue au milieu d’une forêt enneigée, fort loin de tout ce qu’elle connaissait. De grands arbres l’entouraient, des conifères pour ce qu’elle reconnut ; mais une de ces plantes était plus petite que les autres, et ses branches touchaient le sol, en une arche protectrice. Elle avança lentement vers lui, et écarta quelques branches, pour se faufiler sous le dôme.

Une femme à la peau grise et aux longs cheveux blancs dormait, assise contre son tronc. Elle n’était vêtue que de haillons, tant et si bien qu’elle devait littéralement mourir de froid. Et pourtant, elle ouvrit les yeux, sans afficher la moindre surprise ; ses iris étaient colorés d’un bleu-vert particulier, pâle et pénétrant. Elle avait l’air jeune, mais comme portant le poids d’actes innommables sur ses épaules.


« Il devait me retrouver », chuchota-t-elle d’une voix brisée par l’effort.

Elle souleva péniblement son bras gauche, révélant un bandage taché de sang sur son poignet, qu’elle laissa retomber lourdement sur le sol.


« J’attends mais il ne vient pas, je donne mais il ne vient pas », reprit-elle de la même façon.

Elle luttait pour garder ses yeux ouverts ; tout en elle était triste et morne, à tel point que la danseuse en eut le cœur bouleversé. On aurait dit qu’elle reposait là par un quelconque sortilège malsain, depuis des centaines d’années. Elle était comme une âme perdue, un de ses spectres qui s’attachent désespérément à la vie, retenu par des regrets à leur existence passée.


« Toi, je t’attendais aussi. »

Surprise, la danseuse regarda ses mains. Elles étaient si blanches, qu’elles en brillaient presque ; alors qu’elle penchait la tête, une mèche de cheveux glissa sur sa poitrine. Ils étaient fait d’un or flamboyant, tant est si bien qu’on eût dit que le soleil était tout à coup entré sous le dôme pour les illuminer. Elle portait une épée à sa ceinture, la lame protégée par un fourreau simple en cuir, et un solide bouclier reposait à ses pieds.

« Tu aurais du venir plus tôt ; tu m’as abandonnée, tout comme lui. »

Sa voix était chargée de reproche, comme celle d’un enfant à qui on promet un gâteau et qui s’aperçoit qu’on lui a menti. La danseuse aux cheveux d’or s’agenouilla près d’elle, et, posant une main sur le sol, se pencha pour lui caresser les cheveux d’un geste tendre.

« Pardonne-moi… Je suis là maintenant, tu peux partir », lui murmura-t-elle d’un ton apaisant.

Un léger sourire s’imprima sur les lèvres de la jeune femme, tandis qu’elle fermait les yeux. D’un dernier soupir, ses muscles se détendirent, tandis que sa peau se parcheminait sous le regard horrifié de la danseuse. Les cheveux blancs tombèrent en poussières, le squelette se dessina sous les chairs asséchées ; et bientôt, il n’y eut plus de demoiselle, mais un cadavre déjà bien décomposé.

La danseuse hurla, en se reculant précipitamment, d’un cri à réveiller un mort. Ce qu’il fit, car d’un geste leste, le squelette retira l’épée du fourreau, et l’enfonça dans la poitrine de la rêveuse.

Un monde de douleur s’éveilla.



Mais dans ses rêves… Dansez rêves.
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Facéties dans la rue Morgue [La Ronce]
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