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 Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]

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Galdin Batelier

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MessageSujet: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Dim 8 Nov - 21:12

« Mais qui m'a foutu des abrutis pareils ! »

Galdin était de mauvaise humeur, de très mauvaise humeur. Il observait attentivement, avec foules d'adjectifs révélateurs, l'étendu des dégâts... A croire qu'il n'était entouré que de bons à rien ! Il fulminait. Tout était la faute des cinq idiots chargés de retaper la quille de ce stupide navire de pêche puant le poisson ! Ce n'était partant pas bien compliqué de prendre des mesures et de faire des additions... Comment avaient-ils pu faire une erreur aussi grossière ?!

Il grommela d'autres insultes incompréhensibles. Il ne pouvait se permettre un tel retard. Déjà que les affaires n'étaient pas des plus florissantes ces derniers temps... Un client insatisfait était la dernière chose dont il avait besoin. Dix jours ! Il s'était engagé sur dix jours, et pas un de plus ! Une journée complète pour glisser le navire dans la cale sèche, puis huit de travaux sur la coque, puis enfin une dernière pour lui faire retrouver l'eau salée du port.

Depuis le début de la semaine, ils travaillaient sur un bateau de pêche de taille raisonnable, probablement d'une trentaine de mètres. Ce dernier, les dieux savent par quelle stupide maladresse, s'était endommagé en passant trop prêt de l'un des récifs protégeant l'accès au port. Sans être gravissimes, les dommages n'en restait pas moins sérieux. Les traitresses roches acérées avaient arrachées une partie de la quille avant, emportant également les galbords situés de part et d'autres. De même, plusieurs autres planches du bordage bâbord avant, situées sous la ligne de flottaison, avaient été fendues. Ainsi, le navire de pêche avait commencé à prendre l'eau. Il ne devait sa survie qu'a l'énergie de ses matelots, qui avaient dû écoper durant les longues heures nécessaires aux réparations de fortunes. Ils n'avaient pas eu le choix : faire sauter le plancher de la cale pour avoir accès à la brèche, et la colmater à l'aide de tout ce qu'ils avaient pu trouver à bord : filets, linges, hamacs... Une fois la précaire étanchéité retrouvée, ils avaient pu s'amarrer aux quais. Galdin avait sauté sur l'occasion, leur vantant la compétence de ses ouvriers... Et avec ce qui venait de se passer, il aurait peut-être mieux fait de s'en abstenir.

Le changement de la partie avant de la quille représentait sans doute la principale difficulté, loin d'être insurmontable. Mais tout avait magistralement foiré ! Les imbéciles ! Ils avaient mesuré une longueur de poutre plus petite que nécessaire... Et il avait fallu qu'il la monte pour se rendre compte de leur erreur ! Des heures de travail perdu ! D'autant plus que la pièce était de bois massif, et donc relativement couteuse ! Ils allaient devoir en rembourser le prix sur leurs prochains salaires... A présent tout était à refaire. Il grommela de nouveau. Au moins tout n'était pas désastreux : les ouvriers chargés de la réparation du plancher de cale avaient travaillés plus vite que prévu... Peut-être qu'il leur donnerait une petite prime pour inciter les autres à suivre leur exemple. Une toute petite prime, il ne fallait pas déconner non plus ! Si seulement il avait eu le droit de donner des coups de fouets... Malheureusement, la loi l'interdisait... Conneries. Il n'existait que deux moyen de motiver ses hommes : par la peur, ou par l'espoir. La peur du fouet étant prohibée, il ne restait que l'espoir des minuscules primes au mérite.

Perdu dans ses pensées, Galdin bouscula l'un des responsables du retard accumulé. Aussitôt il attrapa l'homme par le col, approcha son visage du sien, et lui cria :


« Regarde ou tu vas, crasse de meule ! Et baisse les yeux quand je te parle ! N'oublie pas que c'est moi qui te paye, que c'est moi qui nourri ta famille ! Sans moi, tu ne serais pas mieux que cette raclure qui hante les taudis ! Allez au boulot, et plus vite que ça ! Vous allez bosser toute la nuit tous les cinq ! C'est moi qui vous le dit ! Le premier qui s'endort, je le met personnellement à l'eau, avec une pierre attachée autour du cou ! »

Ces insultes avaient au moins le mérite de le calmer un peu. Reposant l'homme à terre, il jugea qu'il n'avait plus rien à faire dans les environs. Maintenant qu'il avait réprimandé les fautifs, c'était au tour de ses contremaitres de prendre le relais. Il descendit rapidement l'échelle la plus proche, posa le pied sur le quais, puis se dirigea rapidement vers la proche bâtisse qui lui servait d'entrepôt, de bureau, et de logement. L'après midi était bien avancé. Il n'avait qu'une envie : s'assoir et chiquer un bon morceau de tabac. Il n'y avait que cela pour véritablement lui calmer les nerfs.

Arrivé à proximité de la porte d'entrée, située sur le flanc gauche du bâtiment lorsque l'on venait des quais, Galdin remarqua une silhouette. Qui cela pouvait-il bien être ? Il n'attendait personne. Avant même d'avoir tenté d'identifier le nouveau venu, il lança brusquement, avec l'extrême délicatesse dont il était capable :


« Vous êtes qui ? Vous m'voulez quoi ?! Je vous préviens, je suis pas d'humeur ! »
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Cassandre d'Enamorati

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MessageSujet: Re: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Mer 11 Nov - 18:22

Les ruelles de la Petite Bourgade n’étaient pas des plus propres, mais elles étaient continuellement emplies de flots d’odeurs plus moins agréables, de rires quelques peu éméchés par des litres de bière ou pire et de bagarres sanglantes et bruyantes d’ivrognes mal embouchés. L’animation – si elle pouvait être dérangeante pour n’importe quelle personne née de bonne famille – était parfaitement tolérée et appréciée par Cassandre. Non seulement personne ne se soucierait de voir passer deux hommes à cheval en costumes sombres, mais en plus, peu de gens présents dans ces rues avaient assez de jugeote pour s’en souvenir.

L’air de rien, les deux cavaliers descendaient vers le port, sans s’attarder outre mesure dans l’infâme bouge qu’était le quartier ; ils ne montraient pourtant aucun empressement suspect, tandis que les relents salés de la mer emplissaient l’air, droit devant eux. L’après-midi s’avançait, paresseuse, bien loin de l’agitation du matin. Car plus tôt, le soleil pointait à peine ses rayons sur Logre, que dans le Port aux six Récifs, la journée avait depuis longtemps commencé. C’était le meilleur moment, celui où la chaleur n’avait pas encore envahit les docks en été, et où les poissons sortaient des profondeurs, allant se prendre plus facilement dans les filets des pêcheurs.

Cassandre et son compagnon de route mirent pied à terre près d’un bâtiment quelconque, possédant juste une enseigne pour se distinguer des autres.

« Attends-moi ici, Covielle » ordonna le premier en tenant les rênes de son cheval à l’autre homme. « Tu veilleras à ce que personne n’entre après moi. »

« Bien, Monsieur » répondit ce dernier, d’un ton neutre.

Rajustant son costume – bien qu’il ait l’air de facture moyenne – et son tricorne, Cassandre attendit près de la porte tandis que l’homme qu’elle cherchait avançait à grand pas. Son visage était rubicond, teinté de la colère qu’il avait eu quelques instants auparavant. Pour ce qu’ils en savaient, les hommes de Galdin Batelier ne l’avaient pas souvent vu sans cette couleur sur les joues. Le personnage collait parfaitement à la description que des informateurs en avaient fait à l’espion ; abîmé par des années de dur labeur, désagréable au possible.

Pour autant, elle ne s’offusqua nullement de l’accueil peu amène qui lui fut fait.

Un léger sourire sur ses lèvres, elle annonça sans détour la couleur de leurs échanges.

« L’on raconte, Monsieur Batelier, que l’ampleur de votre mauvais caractère n’a d’égale que votre talent en matière de construction. »

Elle entra sans qu’on l’y ait invitée dans les bureaux de l’ingénieur, fronçant le nez par l’absence d’aération flagrante dont étaient chargée les effluves du bâtiment.

« J’ai un travail particulièrement lucratif à vous proposer » continua-t-elle sans se présenter, tâtant d’un doigt la poussière sur une étagère. « Il ne s’agit pas d’un navire, mais d’un Manoir. Sauriez-vous y manier les espaces avec autant d’habileté que sur un galion ? »

Ses yeux se relevèrent du meuble pour se poser sur Galdin, sans aucune hésitation et avec tout le sérieux du monde.

« Il me faut une réponse rapidement, pour ne pas dire dès maintenant » ajouta-t-elle, comme une précision évidente.
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Galdin Batelier

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MessageSujet: Re: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Jeu 12 Nov - 23:44

Galdin eut un subtil mouvement de recul lorsqu'il passa le coin de la bâtisse donnant sur la façade devant laquelle attendait l'inconnu. Il n'était pas seul. En retrait, presque effacé, se tenait un second individu. Ce dernier regardait la scène d'un œil distrait, apparemment plus occupé à surveiller les alentours. Il tenait les rênes de deux chevaux. Des nobliaux, à coup sûr. Qui d'autre s'amuserait à se promener à cheval dans un quartier aussi modeste ?

S'il y avait bien une chose capable d'attiser les foudres de Galdin, plus encore que les retards sur son chantier, c'était sans nul doute les petits nobliaux. Ces idiots consanguins n'avaient aucun mérite. Ils disposaient de pouvoirs et de fortunes, par le simple fait d'être né dans la bonne famille... Un coup de chance. Aucun mérite donc. Cependant, offenser l'un d'eux pouvait avoir des conséquences désastreuses, même pour un individu aux reins solides, et au bras plutôt long... Ce qui était d'autant plus vrai lorsque l'on trainait dans des milieux pas tout à fait honnête, comme Galdin le faisait régulièrement avec les contrebandiers. Ainsi, il préféra se taire. Mais cette belle résolution failli voler en éclats dès les premières paroles de l'inconnu. Mais pour qui se prenait-il ?! Venir l'insulter, de surcroits avec de stupides phrases pompeuses, devant sa porte : quel toupet ! Ce jouvenceau méritait une belle correction ! Ses nobles parents n'avaient certainement pas osés abimer leurs si délicates mains sur son illustre postérieur pour lui apprendre la politesse. Un mot de plus, et au diable les conséquences ! Plutôt crever que de se laisser insulter.

Alors, sans même avoir été invité, il entra. Galdin cru qu'il allait exploser. Son visage vira au rubicond, la sueur gagna son front. Il pénétra rapidement à la suite du petit noble, prêt à lui botter l'arrière train. Mais ce dernier, volontairement ou non, eu la bonne idée d'ouvrir la bouche à ce moment, en prononçant l'un des mots magiques capables de calmer même les plus meurtrières ardeurs de l'ingénieur : « lucratif ». Cependant la colère, au lieu de s'évanouir, laissa place à une profonde irritation. Un manoir ?! Mais qu'avait-il à faire d'un manoir ?! Il était ingénieur naval, merde ! Pas décorateur d'intérieur ! Soit cet homme était terriblement simplet, soit il en savait bien trop long sur lui...

Face à ce constant, le cerveau de Galdin se mis en branle. Il avait besoin de gagner un peu de temps, pour analyser la situation, et prendre une décision. D'un pas lourd, il contourna lentement le massif bureau trônant au plein centre de la petite pièce. Il s'essaya sur la chaise, également imposante, disposée de l'autre coté. Puis, il se pencha en arrière, et posa nonchalamment deux énormes bottes sur le meuble. De la main droite, il ouvrit le premier tiroir, et en sorti un morceau de chique. Il le lança en l'air, le réceptionna entre ses lèvres, et se mis à mastiquer énergiquement. Étrangement, mâcher lui avait toujours affuté l'esprit :

Cet homme n'avait pas fait tout ce chemin, depuis ses grands appartements dégoulinant de luxe, pour parler d'un classique travail, aussi lucratif soit-il. D'autant plus qu'il n'avait aucune renommée concernant les bâtiments. Toutefois, si l'objet de sa requête avait été une combine réellement malhonnête, il ne se serait certainement pas déplacé en personne. Il aurait plutôt fait envoyer des sbires aux mines patibulaires... Que devait-il faire ? Que devait-il dire ? Faisait-il allusion à ses « petits services » qu'il rendait parfois aux contrebandiers de passage ? Ou bien à son « don » ? Une sueur froide lui électrisa l'échine : et si cet homme était son protecteur secret, venu lui demander de rendre la monnaie de sa pièce ?! Peu probable... L'invisible individu devait être d'une extrême puissance pour réussir à manipuler autant de gens dans l'ombre. Il l'imaginait bien mieux habillé... Et certainement moins jeune et efféminé. Cependant, en observant attentivement son interlocuteur, Galdin ne put ignorer la lueur d'intelligence qui illuminait son regard. Sa présence indiquait qu'il en savait beaucoup, et qu'il était probablement plus important qu'il ne le laissait paraître.

Les minutes de silences se faisaient de plus en plus pesante, il fallait à présent dire quelque chose. Une réponse de paysan ?


« Je ne peux ni dire oui, ni dire non, avec si peu d'informations ! Pourquoi chercher un ingénieur naval pour un travail de cette nature ? Pourquoi moi ? Qu'entendez exactement vous par le mot ''lucratif'' ? Trop d'inconnues m'empêchent de répondre dans la minute... Je suis sûr que vous comprenez jeune homme. Je suis également sûr que vous n'êtes pas assez idiot pour penser qu'un manoir puisse avoir le moindre point commun avec un navire, aussi grand soit-il. Cette proposition dépasse largement le cadre de mes activités habituelles... Vous comprenez ce que cela veut dire ? Il vous faudra y mettre le prix si vous voulez me tenter... D'un point de vue renommée, j'ai bien plus à perdre qu'a gagner dans une telle affaire.»

Galdin jouait volontairement l'idiot. Il était évidement que cet homme ne cherchait pas des travaux « classiques ». Mais jouer l'imbécile permettait souvent de glaner quelques informations. Il voulait surtout juger des renseignements dont l'individu disposait le concernant. Il voulait aussi deviner ses réelles intentions. Il ne put toutefois s'empêcher d'ajouter une dernière remarque :

« Et de toute façon, je ne fais que rarement affaire avec une personne qui ne daigne même pas se présenter. Évidemment, vous, vous savez qui je suis, sinon vous ne seriez pas ici. »

Ses traits se déridèrent l'espace d'une seconde, il appréciait son trait d'humour.
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Cassandre d'Enamorati

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MessageSujet: Re: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Mer 18 Nov - 0:40

Cassandre soupira. Ce serait sans doute un peu plus difficile que ce qu’elle avait espéré, puisque l’homme en face d’elle ne faisait aucun effort. Elle devra sûrement jouer carte sur table, tout en gardant quelques as dans ses manches. Elle se mordilla les lèvres quelques secondes, réfléchissant à toute vitesse à ce qu’il était correct de révéler, et ce qui l’était beaucoup moins. Bien entendu, elle avait de quoi menacer ce genre d’individu : quelques affaires sur lui devaient traîner dans les papiers du Conseil, ce qui lui serait facilement accessible si elle en faisait la demande. Mais ce léger contretemps serait pour le moins fâcheux, car le Secrétaire de l’Epine était un homme exigeant. Le Manoir devait être prêt rapidement. Un échec n’était certes pas envisageable, ni pour elle, ni pour le Conseil. Elle y perdrait sa mission et, détail non négligeable, probablement sa tête.

« Allons » reprit-elle, « nous savons tous les deux que vous n’êtes pas un simple d’esprit. Ce débordement de questions est quelque peu discourtois, par ailleurs. Mais je vous pardonne volontiers : j’ai moi aussi manqué de courtoisie en omettant de me présenter. »

Faisant quelques pas vers le bureau de Galdin, la Dame tira une vieille chaise d’un coin, en ignora la poussière et s’assit, face à son interlocuteur, avant de continuer la discussion.

« Vous devez avoir l’habitude, il me semble, de traiter d’affaires assez délicates pour ne point laisser filtrer le nom de vos commanditaires. Même si vous refusez ma proposition, je ne saurais trop vous recommander de tenir ma visite et mon nom secrets. »

Si le ton restait poli, la menace n’en était pas moins réelle.

« Appelez-moi Monsieur d’Enamorati. Je rends de menus services au Conseil de Bronze et d’Airain, et celui-ci exige une assistance bien particulière, faisant appel à un don plutôt spécifique. Vous êtes le seul qui corresponde un tant soit peu à la description, j’en ai bien peur. »

Cassandre se redressa sur sa chaise, entrelaçant ses doigts devant elle.

« Voyez-vous, le travail est particulièrement bien payé. » A ces mots, elle retira une bourse d’une poche intérieure de sa veste. Elle avait l’air bien pleine, et quand elle plongea une main dedans, elle en sortit une poignée de Pourpres, bien visibles par l’ingénieur, avant de remettre le tout à sa place.

« Vous avez le droit de refuser, mais il se pourrait que le Conseil se souvienne malencontreusement de certaines affaires vous concernant et pour le moins… gênantes… aux yeux de la justice. »

Elle se releva de la chaise lentement, et se dirigea vers une des fenêtres de la pièce. Dehors, l’agitation était à son comble, les ouvriers courant de tout côté afin d’apporter bois, ferrailles et outils sur un chantier non loin de là.

« Mais revenons-en à notre affaire. Je ne vous demande pas de remettre en état un Manoir entier ; mais plutôt d’y contraindre les espaces. Tout comme une trappe dérobée sur un navire peut rendre de nombreux services. Ce que je veux, c’est un accès secret aux pièces principales de la demeure, un couloir dans les murs menant à de multiples salles. Est-ce assez précis pour vous, Monsieur Batelier ? »
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Galdin Batelier

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MessageSujet: Re: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Mer 16 Déc - 21:36

A la prononciation des mots « Conseil de Bronze et Airain », l'irascible ingénieur manqua de basculer en arrière. Un détonnant mélange de surprise et d'appréhension avait soudainement ébranlé son esprit, rompant le fragile équilibre qu'il avait imposé à sa chaise. Heureusement, plus pour son amour propre que pour son intégrité physique, cet instant d'égarement fut des plus furtifs. Il recouvra son équilibre, se fendant d'une grimace accompagnée d'un grognement agacé.

Ainsi cette personne, ce Monsieur Enamorati, travaillait directement pour la plus haute instance de la ville, ce mystérieux conseil, peuplé de personnalités vaporeuse, mais qui régissaient tout, des plus futiles affaires commerciales, au plus pervers des complots. Tout à fait le genre de personne capable de vous tendre une main pour vous poignarder de l'autre si cela les arrange... A ses yeux, leur identité dissimulée les rendait encore plus menaçant et traitre. N'importe lequel de vos interlocuteurs pouvait être membre de ce groupuscule... Il valait mieux, en toute situation, surveiller ses mots, même si les pensées, elles, restaient insolentes.

Pour cette raison, Galdin ne releva pas. Néanmoins une petite lueur de malice venait de naitre au fond de son œil, juste à coté de celle de la cupidité. Son auto proclamé invité savait toucher aux points sensibles, et donner des raisons de l'écouter. Cette proposition, bien que risqué, pouvaient lui être profitable. Galdin, malgré lui, affectionnait les intrigues. Le destin avait choisi de le déposer au plus loin de la cour, et du conseil, mais en lui bouillonnant un chaudron de fourberie inexploitée. Les magouilles commerciales commençaient à le lasser, peut-être était-il temps de poser le pied dans le nid de serpents ? Il y avait un risque... Mais après tout, il y avait des risques en tout ! La peur ne protège pas du danger, bien au contraire !

Tout en méditant ces pensées, Galdin avait, pour une fois, sagement entendu les bonnes paroles de son interlocuteur. Un seul passage le fit réagir, par un froncement de son épais sourcil. Son front, ridé et plissé comme un vieux cuir usé trahissait, pour qui savait lire sur les expressions, un malaise. M. Enamorati venait de lui annoncer, ouvertement cette fois, que le Conseil avait connaissance de ses « activités »... Parlait-il des petits coups de pouces qu'il donnait régulièrement aux navires contrebandiers de passage ? De quoi pouvait-il bien parler d'autre ! L'étau venait de se resserrer d'un tour... Lui qui, quelque secondes plus tôt, s'imaginait déjà jouer avec les vipères de la « haute », venait de redescendre de son petit nuage, réalisant qu'il n'était, somme toute, qu'un pion de plus sur un échiquier dont il ne pouvait distinguer les contours. Quelques gouttes de sueurs perlaient sur le sommet de son visage. Se pouvait-il que l'homme le teste ? Après tout, chacun avait quelque chose à se reprocher... Pourtant le seul fait qu'il soit au courant de ses « compétences particulière » en disait suffisamment.

Bien que réticent à servir de pantin pour des mains invisibles, il n'avait pas vraiment le choix finalement... Galdin était cependant très mauvais perdant, il n'allait pas lui facilier la tâche ! Cet individu s'était déplacé de lui même jusque sur les quais, traversant es quartiers populaire, au lieu d'envoyer un quelconque sous-fifre... De ce fait, l'ingénieur en déduisait une conclusion hâtive : quelqu'un avait besoin de lui, personne d'autre n'était capable de réaliser des trappes dérobées avait autant d'habileté...

Il s'arma d'un sourire entendu :


« Oui... Oui... Oui... J'avais parfaitement compris... Aucune raison de refuser votre si INCROYABLE proposition, n'est-ce pas ? »

La conversation aurait pu se terminer ainsi, mais il avait envie de s'amuser un peu :

« J'espère que mon silence sera généreusement remercié... »

Ce genre de propos auraient pu être dangereux... Il existait effectivement une méthode très simple et très expéditive pour s'assumer le silence d'un personne. Mais vu qu'il allait réaliser un ouvrage d'une qualité inégalable, ils allaient devoir le garder sous la main. Il n'en doutait même pas.

Il enchaina avant que M. Enamotari n'eut le temps de réponse à son sarcasme :


« De plus, un travail de cet envergure demande également une préparation, beaucoup de matériel, et des hommes pour réaliser le sale boulot... »

Son sourire s'évaporait. Malgré l'envie d'agacer son interlocuteur, il retrouvait son sérieux :

« Je suppose que vous allez vouloir vous occuper de réceptionner discrètement la matière première, et de choisir des escl... une main d'œuvre... qui saura garder les lèvres closes, de gré ou de force... »

Il se cabra soudain en arrière, et tourna la tête de coté. Alors que sa chaise grinçait sous l'effort, il cracha bruyamment. Le morceau de chique, imbibé, s'envola... pour atterrir au plein centre d'une petite urne de cuivre qui bataillait avec les toiles d'araignées et la poussière omniprésente. D'un revers de son énorme poing, il s'essuya les lèvres. Sa salive avait adoptée la couleur havane du tabac. Comme si de rien n'était – ce geste devenu une habitude dont il ne prêtait plus aucune attention – il continua :

« Je dois visiter les lieux, faire une liste précise... Il me faut également un total... »

Il stoppa net son discours, puis cligna des yeux, se rappelant soudain de l'avancement de leur marché. Lourdement, il reposa ses pieds à terre, et, non sans esquisser une grimace de douleur, se redressa bien droit.

Il esquissa un geste de son énorme main, comme pour la tendre devant lui, mais il s'interrompit à mi chemin :


« Avant d'aller plus loin, concluons notre arrangement... Annoncez moi votre chiffre, serrons nous la main et passons aux vraies questions... »

Même si la commande sortait de l'ordinaire, Galdin ne supportait pas de travailler dans le désordre. La discipline qu'il dictait à ses ouvriers, il se l'imposait d'abord à lui même, du moins sur ce sujet On ne plantait pas le clou avant d'avoir posé la planche, une question de bon sens ! Pas question d'aller plus loin sans avoir entendu la somme pour laquelle il allait s'user les méninges et les doigts...
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Cassandre d'Enamorati

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MessageSujet: Re: Une visite inattendue [PV Cassandre d'Enamorati]   Sam 20 Fév - 18:42

Le soleil avançait dans sa course, tandis que les négociations se poursuivaient. Cassandre avait pourtant l’habitude de marchander des services avec des gens d’ordinaire peu coopératifs, c’était d’ailleurs là son principal travail, du moins, à la lueur du jour. Elle avait encore nombre de choses à calculer, à ajuster, à ordonner et enfin, à accomplir en personne. Elle n’aimait pas déléguer, et même si les personnes dont elle s’entourait avaient toute sa confiance, il était de notoriété publique qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même.

Or, l’espionne répétait souvent que les dictons populaires avaient un fond de vérité.

Sans détourner son regard de l’agitation du port, elle fronça les sourcils. L’argent était toujours au cœur du problème, parfois plus précieux que la vie même du négociateur. Ce n’était pas la première fois, ni la dernière, que même sous la menace, l’on exigeait bien plus de compensation. Avoir la vie sauve n’était en général jamais suffisant ; mais elle disposait d’un budget conséquent, rassemblé dans une banale bourse de cuir.

Elle fourra une main dans sa veste, afin d’en retirer l’objet de toutes les convoitises, puis se tourna vers l’ingénieur.

« Il me semble que ceci devrait être suffisant à parer à tous vos désagréments. »

Il n’y avait pas besoin de menace supplémentaire ; la Dame avait bien assez explicité ses conditions, et le prochain avertissement serait l’assassinat, purement et simplement. Personne n’est irremplaçable, pas même le Conseil de Bronze et d’Airain. Encore une maxime célèbre dans Logre.

Elle lui lança la bourse d’un geste négligent, qui retomba dans un cliquetis caractéristique sur le bureau de Galdin. Il y avait là de quoi payer la conception et la construction de trois bâtiments de taille plus que conséquente ; des mois de travail en somme.

De quelques pas, elle se rapprocha de l’ingénieur, les mains dans le dos.

« La main d’œuvre est déjà recrutée », reprit-elle sans une once d’hésitation. « En nombre suffisant, cela va de soit. La matière première vous attend d’ores et déjà dans la cour du Manoir. N’étant pas un expert du sujet, je me suis permis de fournir ce qu’il me paraissait essentiel, mais je ne doute pas que vous aurez d’autres exigences, qui seront rapidement pourvues. Le plus important est que vous ayez déjà de quoi commencer le travail. »

Elle fit une légère pause, autant pour capter le regard de l’homme que pour étirer son dos. Avec une moue indifférente, elle enchaîna.

« Il serait bon que vous vous y mettiez tout de suite, à vrai dire. Tout doit être prêt en un minimum de temps ; je ne m’abaisserais pas à vous donner une limite, car je suis sûr que vous ferez tout ce que vous pourrez pour vous acquitter plus que correctement de votre travail. »

Si les mots restaient aimables, le ton engageait une toute autre version des faits.

« Vous travaillerez aussi bien de jour que de nuit, soyons clair. Vous serez bien entendu logé dans l’enceinte même du Manoir. »

Ce n’était plus une demande, mais un ordre ; le rapport des forces se jouait toujours.

« Un architecte est déjà sur place. Sa mission est de rénover le toit, ainsi que de retoucher quelques menus détails de l’intérieur de la bâtisse. Il est déjà au courant qu’un deuxième architecte doit arriver aujourd’hui, engagé tout spécialement pour améliorer l’agencement des pièces. Il n’a pas besoin d’en savoir plus, et d’ailleurs, il ne vous posera aucune question. »

Son regard se porta sur la petite urne de cuivre, et elle nota mentalement de lui en fournir une – voire plusieurs - sur le chantier. Des morceaux de chique traînant ça et là ne seraient pas du goût des plus exquis.

Sans esquisser le moindre geste de dégoût, Cassandre tendit franchement une main plutôt fine pour un homme par-dessus le bureau, comme il en était l’usage.

« Sommes-nous d’accord, Monsieur Batelier ? »
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